Banksy et l'originalité de l'œuvre d'art

par Elsa 11 Décembre 2013, 13:54 Galeries

Banksy et l'originalité de l'œuvre d'art
Banksy et l'originalité de l'œuvre d'art
Banksy et l'originalité de l'œuvre d'art
Banksy et l'originalité de l'œuvre d'art

Dans le cadre de son exposition newyorkaise « Better Out Than In » (mieux vaut dehors que dedans) l’artiste de street art Banksy a installé un stand dans le parc, pour vendre des « œuvres authentiques de Banksy » à 60 dollars pièce, le 12 octobre dernier. Cette mise en scène sur le trottoir de Central Park, relayé sur son site internet, avait pour but de critiquer une fois de plus le marché de l’art. Ses œuvres, vendues l’équivalent de 44 euros s’arrachent en réalité en dizaine de milliers d’euros l’unité. Il n’aura récolté que 420 dollars en vendant 7 toiles à 3 acheteurs. On peut mettre cette expérience en parallèle à celle du Washington Post, le 12 janvier 2007, qui avait proposé au célèbre violoniste Joshua Bell de jouer dans le métro, pour répondre à la question : « dans un endroit banal et à une heure inappropriée la beauté parvient-elle à transcender le quotidien ? ». Il joua sur son stradivarius Gibson fabriqué en 1713, d'une valeur de 3,5 millions de dollars, pendant 45 minutes. Sur les 1097 personnes qui sont passées, seules 7 s'arrêteront quelques instants, une seule personne l'ayant reconnu. Il recevra 32 dollars.

Si ces deux démarches semblent similaires dans leur mise en scène et la volonté de sortir l’art de son cadre institutionnel, elles ont des portées très différentes. Tandis que l’un joue sur la présence, l’autre surjoue l’absence, personne ne connaissant le visage ni l’identité de l’artiste de street art. L’un donne, l’autre vend. Dans le cas de Banksy, il y a une volonté de critiquer la démesure du marché de l’art tandis que le Post et Bell essaie de comprendre la relation de l’individu à l’art, la perception de la beauté et le rapport de l’art à l’émotion.

La première démonstration est pesante, Banksy fait tout pour « piéger » les passants. Il présente un vieil homme habillé de manière très décontractée, joue sur le fait que les gens vont croire à des reproductions. Le prix fixé est lui-même piégeant : s’il s’agit de reproductions, le prix est bien trop élevé, en revanche, personne ne peut s’imaginer qu’un prix aussi bas cache un original. La critique du marché de l’art par un artiste dont les toiles s’arrachent dans les galeries à des dizaines de milliers de dollars semble assez biaisée et presque malhonnête. L’expérience du Post et de Bell est plus ambitieuse et plus conceptuelle mais n’évite pas l’aspect moralisateur du type « développement personnel »: chers citadins, n’oubliez pas de regarder la beauté du monde qui nous entoure, soyez ouverts blablabla.

Au-delà de la énième dénonciation des dérives du marché de l’art, la démarche de Banksy pose une question plus intéressante : l’originalité de l’œuvre d’art. Tout d’abord, l’art du pochoir est par essence un art de la reproduction. De plus, la reproduction d’œuvres créées pour les murs et reproduites sur des toiles permet-elle aux productions de garder leur qualité d’œuvres d’art, quand bien même ce serait une réplique réalisée par l’artiste lui même ?

Dans les années soixante, Marcel Duchamp a été l’initiateur de ces réflexions sur l’originalité de l’œuvre d’art, son travail sur les ready-mades en est l’expression parfaite. Ces œuvres, disparues ou détruits, ont été réédités. Le marché de l’art les considérait alors comme des originaux, puisque les premiers avaient été perdus. Ce qui est paradoxal puisque le terme d'original pour un ready-made n'a aucun sens. Duchamp souligne cet aspect en signant son Porte-bouteilles, « Marcel Duchamp, Antique certifié ».

La critique de la société ainsi que les questionnements sur la notion d’œuvre d’art semblent être des sujets de réflexions fondamentaux de l’art contemporain. Exposés à la FIAC, l’artiste fictive Claire Fontaine, nominée au prix Marcel Duchamp, critique activement le marché de l’art en reprenant le concept de ready-made. Sur un panneau de carton provenant d’emballage de toilettes, elle inscrit à la flamme « la force de l’art la faiblesse des artistes », en référence à l’exposition La Force de l'art au Grand Palais de 2006. Elle remet en question le rapport de l’argent et de l’art et le risque de se fourvoyer en confondant la réception critique et commerciale avec le vrai but de la pratique des artistes.

Courtesy de l'artiste et Metro Pictures, New York

Courtesy de l'artiste et Metro Pictures, New York

Bertrand Lavier, quant à lui, réfléchit sur le caractère unique des œuvres avec ses ready-made repris et repeints. Depuis 1980, l'artiste s'empare aussi bien d'une armoire, d'un appareil photo, que de tableaux ou encore de pianos, qu'il recouvre d'une peinture identique à la couleur de leur surface, jusque dans les moindres détails jouant du trouble créé par les matières.

Banksy et l'originalité de l'œuvre d'art  Banksy et l'originalité de l'œuvre d'art

Plus que de savoir si Banksy est l’arnaque du siècle ou un génie, la forte médiatisation de son œuvre permet de se questionner sur l’art. L’art contemporain, le street art, mais aussi l’art en temps que concept. Et pour cela, on lui pardonne d’être un peu l’arnaque du siècle.

Merci à Marie et Adri

commentaires