Le marché aux Puces de Saint-Ouen

par Adriane 28 Novembre 2013, 16:58 Patrimoine Gratuit

Le marché aux Puces de Saint-Ouen
Le marché aux Puces de Saint-Ouen
Le marché aux Puces de Saint-Ouen

Dimanche, fin de matinée. Sortie du métro Porte de Clignancourt. D’abord quelques japonais perdus mais aventureux, essayant de se repérer au milieu des stands de baskets. Pas sûr que ce soit leur but, ce n’est pas le nôtre non plus (quoique les Nike du moment à prix négociable : ça vaut un petit arrêt). Puis les vendeurs de montres Gucci et autres merveilles Vuitton présentant leurs raretés, renommées pour l’occasion Guci et Wuitton. Le passage sous le pont du périphérique, décor chaleureux et rencontres inédites. Et enfin, la rue des Rosiers, Saint-Ouen : les Puces, les fameuses, cavernes d’Ali Baba, paradis des collectionneurs comme des curieux où se mêlent des gravures de modes au look savamment étudié, des brocanteurs louches, des stars de cinéma le nez au vent, des habitués qui tracent leur route… Un joyeux mélange, des objets comme des promeneurs, et ce dès la sortie du métro. Bref, un très bon dimanche en perspective.

Nous voilà donc au cœur des Puces de Saint-Ouen, les plus grandes du monde. Déserte au début du 19e siècle, cette vaste zone aux portes de Paris allait devenir le repère des chiffonniers et des crocheteurs de caniveaux. Et oui, le célèbre préfet Poubelle ayant sévi, chacun avait à la maison son propre bac à ordures et il n’était plus permis aux crocheteurs de récolter et vendre leur menu butin. Ils furent donc gentiment priés de quitter Paris et s’installèrent au nord de la ville. Hors les murs et non soumis aux taxes parisiennes, ils trouvèrent là de la place pour continuer leurs activités. Evidemment, de riches promoteurs ont senti le bon coup et se sont mis à construire des marchés « en dur » afin d’abriter ces chiffonniers devenus avec le temps brocanteurs puis aujourd’hui antiquaires. Les marchés abrités ou en tout cas organisés se sont donc très vite construits au cours du 20e siècle. On en compte à présent près de treize, notamment le marché Paul Bert-Serpette, ancien garage automobile devenu paradis des chineurs aux goûts pointus.

Situé au 110 rue des Rosiers, il abrite environ 400 marchands (et donc 400 personnalités !) vendant principalement du mobilier et tout ce qui concerne l’ameublement. On y trouve de superbes pièces signées par les plus grands (Mies Van der Rohe, Arne Jacobsen, Poul Kjaerholm ou encore Joe Colombo), des vêtements et bijoux vintage de grande qualité, divers petits objets allant des bronzes japonais aux briquets de collection. Quant aux marchands, toujours heureux d’être sollicités et de pouvoir vous raconter l’acquisition évidemment incroyable de tel ou tel objet, ce sont de véritables spécialistes clamant haut et fort leur rejet du neuf et des pâles copies. Difficile de quitter le marché les mains vides… Et reconnaissons-le, avoir conclu un achat après d’âpres négociations, c’est être deux fois plus content : un bel objet ET la belle affaire ! Antiquités certes, mais lieu de perpétuel renouveau, les marchands changent l’installation de leur stand toutes les trois à quatre semaines et le marché possède une galerie, la Galerie des Puces, où il y a régulièrement de nouvelles expositions. Actuellement, c’est sur le thème du bronze et ses reflets. Curieux thème me direz-vous, mais c’est sans compter le savoir-faire des marchands ! Oui, ne l’oublions pas, ce n’est pas à ces chineurs professionnels que l’on apprend à chiner : en deux temps trois mouvements ils vous dégotent les plus belles pièces et vous montent une exposition digne d’un intérieur de collectionneur. Au cours de votre ballade le long des allées, tantôt abrités tantôt découvertes, vous passerez donc du coq à l’âne, de l’antilope empaillée à la chambre froide d’un boucher des années cinquante, d’une enseigne de chirurgien-accoucheur anglais à une lampe-torche de l’armée suisse…

Vient alors la pause méritée, un encas de qualité. En effet, sujets à diverses émotions face aux mille objets que vous avez vus, à l’histoire d’un petit briquet tellement bien racontée que vous l’avez acheté, vous voilà affamés. Plusieurs possibilités s’offrent alors à vous avec entre autres la cantine des marchands justement nommée La Petite Salle à Manger (au milieu de Serpette, la partie couverte du marché, burger à 11€) ou le restaurant décoré par Philippe Starck, Ma Cocotte, rendez-vous branché du dimanche midi (situé à l’entrée du marché, burger à 19€). Sinon, direction le 81 rue des Rosiers où s’est installé Habitat Vintage, le concept-store l’Eclaireur et la boutique du célèbre antiquaire Steinitz : vous y trouverez une petite annexe de la maison Kluger, reine des tartes en tous genres. Puis pour finir votre journée en beauté, rien de tel qu’un petit remontant (pour lutter contre le froid, bonne excuse) accompagné de quelques notes à la Chope des Puces, au 122 rue des Rosiers, temple du jazz manouche depuis l’époque où Django lui-même venait y jouer.

Dimanche, fin d’après-midi, Saint-Ouen. Ambiance survoltée au son de Minor Swing, on prête gentiment son sublime briquet à l’inconnu qui nous demande du feu, lui aussi les poches pleines de petits trésors, la tête remplie d’anecdotes, des super Nike aux pieds et une belle montre Guci au poignet.

Infos pratiques :

Métro : ligne 4, Porte de Clignancourt. En sortant, chercher des yeux le pont du périphérique, prendre sa direction puis passer dessous.

Les marchés sont ouverts le samedi (9H30 – 18H), le dimanche (10H – 18H) et le lundi (11H – 17h).

Mieux vaut y aller le dimanche, meilleure ambiance.

Marché Paul Bert-Serpette : voituriers à l’entrée. Possibilité d’emprunter des parapluies.

Ouvert même l’hiver.

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