Nabucco

par Dominique 14 Décembre 2013, 12:19 Scènes

Nabucco

NABUCCO

Oh ma patrie si belle et perdue

[20 octobre 2013, Arte, Nabucco de Verdi]

A Rome, le 12 mars 2011, Nabucco de Verdi est présenté à l'Opéra de Rome, dirigé par Riccardo Muti, dans une mise en scène de Jean-Paul Scarpitta, à l'occasion du 150e anniversaire de la création de l'Italie.

Cet opéra évoque l'épisode biblique de l'esclavage des juifs à Babylone, rendu célèbre par le chœur de la troisième partie, le Va, pensiero des Hébreux auxquels s'identifiait la population milanaise sous occupation autrichienne lors de l'écriture du livret à la fin du fin XIX e siècle.

Avant la représentation, le maire de Rome, Gianni Alemanno, monte sur scène pour dénoncer les coupes dans le budget de la culture. Dans la salle Silvio Berlusconi est présent et le climat est tendu parmi les spectateurs.

Le chœur des esclaves s'élève, un hymne à la patrie, chanté et reçu avec ferveur, il est suivi de nombreux bravi, bisse, viva Italia ….

Le chef Riccardo Muti, se retourne alors et s'adresse aux spectateurs :

"Oui je suis d'accord : "Vive l'Italie". Seulement je n'ai plus trente ans et ma vie je l'ai vécue. Mais en tant qu'Italien qui parcourt le monde, je suis très peiné de ce qui vient d'arriver. Donc, si, à votre demande, je bisse "Va pensiero" [pratique inhabituelle, on n'interrompt pas le cours d'une représentation], ce n'est pas tant pour des raisons patriotiques mais quand le chœur chantait "Oh ma patrie si belle et perdue" j'ai pensé que si nous tuons la culture sur laquelle repose l'histoire de l'Italie, notre Patrie sera véritablement "belle et perdue".

[applaudissements du public]

Et puisque nous sommes dans un ambiance très italienne et que si souvent Muti (le nom du metteur en scène Muti signifie "sourd" en italien) a parlé aux sourds, je voudrais, puisqu'on est à la maison, dans le théâtre de la capitale … Comme le chœur l'a chanté magnifiquement et que l'orchestre l'a très bien accompagné … Si vous voulez vous aussi vous joindre à nous, faisons le ensemble …

Mais en mesure !"

Dans la salle des groupes entiers de gens se lèvent, ainsi que le chœur ; du poulailler des gens lancent des papiers remplis de messages patriotiques et Riccardo Muti dirige alors à la fois le chœur et l'auditoire romain.

Le morceau s'achève dans les larmes des chanteurs sur scène et les hourras de l'auditoire dans la salle.

Ce fut un moment magique : une représentation de Nabucco mais aussi une déclaration du théâtre de la capitale à l'attention des politiciens romain, et surtout de Silvio Berlusconi.

PS :

Et la scène d'opéra semble décidément un lieu privilégié pour faire entendre ses revendications, comme à New York en septembre dernier lors d'une représentation d'Eugène Onéguine.

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