Félix Vallotton au Grand Palais

par Anna 4 Décembre 2013, 00:12 Expos

Félix Vallotton au Grand Palais

Le Grand Palais présente une très belle exposition consacrée au mystérieux Félix Vallotton, malheureusement trop peu connu du grand public.

Pourtant il est l’un des plus grands graveurs de son siècle. Il excelle dans les scènes de rues et d’intérieur, les instants de vie plein d’humour.

Félix Vallotton au Grand Palais
Félix Vallotton au Grand Palais
Félix Vallotton au Grand Palais

Cette rétrospective nous fait aujourd’hui découvrir un artiste multiple qui s’exprime également sur la toile. Elle présente non seulement ses gravures les plus connues mais également des tableaux rarement voir jamais exposés au public, comme Le Bain au soir d’été, véritable chef d’œuvre, prêté par Zurich.

Artiste suisse, il se forme à Paris, à l’Académie Julian, foyer des artistes étrangers dans la capitale. Il y fait la connaissance des Nabis qui lui donneront le surnom de “Nabi étranger”.

Il illustre pendant plusieurs années la célèbre Revue blanche, tenue par les frères Natanson, symbole de l’élite intellectuelle parisienne dans laquelle Verlaine, Mallarmé, Gide et Jarry entre autres écrivaient.

Ce jeune suisse anarchiste se marie à la fille d’un riche marchand d’art, Bernheim. Critiques et biographes y voient un acte intéressé et reprochent à l’art de Vallotton de s’embourgeoiser. Au contraire, ces scènes d’intérieur sont, il me semble, de vraies critiques de cette société bourgeoise qu’il détestait. Les couples s’y disputent, s’ennuient, se déchirent. Elles évoquent l’incommunicabilité, le mensonge de cette bourgeoisie glaçante.

Félix Vallotton au Grand PalaisFélix Vallotton au Grand Palais

À côté de ces intérieurs de velours, il décrit également l’agitation des rues, les émeutes, les répréssions policères.

L’exposition présente de nombreux nus féminins étonnants. Vallotton se détourne de l’image classique et sensuelle pour décrire le corps féminin comme inquiétant, intimidant parfois graveleux. Je vous recommande un arrêt devant l’étude de fesses marquées par la cellulite accrochée de façon suggestive à côté d’une étude de jambon.

Félix Vallotton au Grand Palais
Félix Vallotton au Grand Palais
Félix Vallotton au Grand Palais

Une salle est consacrée aux scènes mythologiques, immenses toiles où l’artiste explore avec humour les grands sujets de la peinture. L’outrance devient presque grotesque. La diversité de ses œuvres nous surprend et nous intrigue mais on ne peut s’empêcher de remarquer qu’elles sont inégales en qualité.

La dernière salle de l’exposition, dédiée à la guerre nous rappelle que Vallotton reste avant tout un artiste engagé. Jugé trop vieux, il ne peut combattre. Il s’engage comme peintre des armées et nous livre des compositions étonnantes sur la guerre. Loin du misérabilisme, il peint des toiles modernes et touchantes marquées par les avant gardes futuristes. L’homme disparaît et laisse place aux aplats de couleurs, aux faisceaux figurant les coups de feu, les nuages de gaz et un paysage ravagé.

Félix Vallotton au Grand Palais

On reprochera cependant à cette exposition un parcours thématique. Les sections : Idéalisme et pureté de la ligne; Perspectives aplaties; Refoulement et mensonge; Le double féminin; Érotisme glacé; Opulence de la matière… se répètent et ne signifient pas grand chose. Un parcours chronologique, certes classique aurait permis au visiteur de comprendre l’évolution du peintre, sa période Nabi (très mal expliquée) et ses audaces artistiques dans l’entre deux siècles

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