La Nuit, le Jour et toutes les autres nuits de Michel Audiard

par François 20 Décembre 2013, 11:02 Ciné Livres

« La majorité des belles rencontres que j’ai faite dans ma vie, je les dois à un ange posé sur mon épaule. Un ange qui s’appelait Michel Audiard ».

Ces mots sont de Georges Lautner, réalisateur disparu il y a peu.

Mais Michel Audiard était-il vraiment un ange ?

Certainement pas.

De même qu’il n’était pas qu’un dialoguiste aux répliques ciselées, cultes, taillées sur mesure pour donner le dernier mot à Gabin, l’impulsion de la mandale à Ventura, ou ensoleiller les « espagnolades » de Belmondo.

Michel Audiard n’était pas qu’un copain, celui des apéritifs interminables avec Francis Blanche, des breakfast in the bed avec Jean Carmet, du petit salé aux lentilles consommé entre le Vieux et le Rital (Gabin et Lino… again).

Il n’était pas qu’un marrant, ne passait pas tout son temps à taquiner Mireille Darc, à blaguer avec Bernard Blier, à évoquer le « Vel d’hiv’ » (celui du vélo pas de la rafle) avec Dédé Pousse.

« Le petit cycliste », puisque c’était son surblase (c’était un passionné de la bicyclette, sauf pour grimper les côtes), n’était pas que ça. Il était un peu tout ça.

Comme il était un mari, un père de (ou deux) famille, un amant, un ami sur qui on pouvait compter, un malin, un menteur, un embobineur de première, un jouisseur, un flambeur, un buveur, un fumeur, un dragueur invétéré, et un causeur à défaut d’être un conteur.

Mais en lisant « La nuit, le jour, et toutes les autres nuits », on découvre que Michel Audiard était surtout une mémoire.

Une mémoire qui n’a rien oublié des horreurs auxquels elle a assisté (la libération, malgré ce qu’on nous en dit à l’école, ce n’était pas que le rendez-vous des héros) ni des gens qu’elle a croisé avant les entrées au cinoche et la célébrité.

Une mémoire fourre tout où tout se mélange, se croise, s’entrecroise, se confond pour éclore sous le chagrin.

Un chagrin d’un autre temps, un chagrin de trop qui fait déborder le stylo et donne désormais à Michel Audiard, en plus de tout le reste, la qualité d’écrivain.

Il avait vingt ans en 45. Il avait cinquante ans en 75 quand tous les malheurs se sont rejoints pour ne former qu’une seule errance.

Loin des cuisines alcoolisées pour Tontons flingueurs incontrôlables (et Dieu merci, incontrôlés), des courses-poursuites à cent mille dollars dans le Sahara, des taxis qui ne s’arrêtent pas à Tobrouk, et des gardes à vue, Michel Audiard nous entraîne ici sur un parcours semi autobiographique (plus autobiographique que semi) où les morts et les vivants se côtoient en morts-vivants.

Ce n’est pas une aventure, c’est un voyage que nous offre Michel Audiard.

Un voyage au bout de sa nuit.

Michel Audiard, La Nuit, le jour et toutes les autres nuits, Pocket Editions, septembre 2012, 222 pages

La Nuit, le Jour et toutes les autres nuits de Michel Audiard

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