La Vénus à la Fourrure : la divinité du jeu

par Alice 16 Décembre 2013, 10:00 Ciné

Après Carnage en 2011, Roman Polanski fuse encore avec le théâtre avec son nouveau long-métrage La Vénus à la Fourrure.

Il adapte une pièce de David Ives, elle-même inspirée de l’œuvre de Léopold Von Sacher-Masoch, et lui confie le scénario. Filmé comme un huit-clos, dont le cinéaste connait maintenant tous les recoins depuis Le Couteau Dans l’Eau en passant par La Jeune Fille Et la Mort ou encore une grande partie de Rosemary’s Baby, ce film se démarque comme une œuvre dans laquelle les passions sont explosives et brisent les limites imposées par l’espace fermé.

Pour incarner ces passions, Polanski fait s’affronter Emmanuelle Seigner et Mathieu Amalric dans un duel intense duquel s’écoule une profonde réflexion sur l’essence du jeu d’acteur.

La Vénus à la Fourrure : la divinité du jeu

Emmanuelle Seigner est une jeune femme qui vient auditionner pour le rôle très controversé de Vanda et porte d’ailleurs le même prénom que cette héroïne à qui elle s’identifie. La limite entre la réalité du personnage et celui qu’elle aimerait à tout prix interpréter est déjà très mince. Mathieu Amalric est Thomas, un intellectuel marié à la vie bien rangée, passionné de théâtre et qui souhaite, contre toute attente, adapter l’œuvre de Sacher-Masoch, considérée comme plus qu’érotique puisque le nom de l’auteur sera utilisé par la suite pour définir le sadomasochisme.

Elle arrive en retard, mâche son chewing-gum bruyamment, il la trouve vulgaire, ne supporte pas son langage rythmé par des « grave » ou « genre » mais il va rencontrer la vraie Vanda et assister à une métamorphose troublante de la jeune femme en face de lui. En effet, l’héroïne du roman va surgir et animer Vanda : Polanski propose ici une forme de schizophrénie comme essence du jeu de la comédienne. Tous les caractères physiques de la femme initiale sont effacés pour laisser place à une voix grave et sensuelle, à une délicatesse vaporeuse des mouvements, à un regard de velours qui trouble Thomas, seul témoin filmique de la transformation symbolique.

Alors commence le duel, agressif, filmé comme un tango dont Vanda mène la danse. L’affiche du film est comme mise en mouvement : une chaussure à talon aiguille qui brise des verres de lunettes, sur un fond rouge pétant. Vanda va, pas à pas, dominer Thomas et sa classe sociale, symbolisée par ses lunettes qu’il ne cesse de remettre sur son nez. Elle met tous les accessoires de la Vanda du roman à son service et fait de sa féminité son arme, sa force. Thomas perd tout le contrôle de la mise en scène de sa propre pièce face à la puissance de la déesse qu’il doit diriger pour finir par s’abandonner à ses propres vices. Cet abandon total ne passe pas par l’acte sexuel, non, mais par une inversion des rôles placée sous le signe du fétichisme : Vanda devient metteur en scène en enfilant la veste de Thomas et en portant ses lunettes et, lui, s’empare des attributs féminins de la jeune femme (chaussures à talons noires, rouge à lèvres). La lumière de la salle baisse encore pour envelopper l’atmosphère d’un trouble, d’un tabou qui s’ébranle. La voix de Thomas devient aigue, il imite une femme et en tremble de plaisir.

Mais alors qui est Vanda ? Une version moderne de la déesse de la féminité certes, mais est-elle une divinité qui condamne le machisme et qui part en croisade sanglante contre les hommes ? Polanski met-il en scène une apologie du féminisme ? Le final du film ressemble à une farce. Les traits des personnages sont exagérés comme des masques peints et les mouvements grotesques. Tout est plongé dans un épais brouillard ce qui permet à l’énigme de rester entière. La Vénus à la Fourrure questionne les rapports de sexe avec une distance ironique délicieuse et dévoile des ébats de jeux, symboles de la liberté expressive d’un comédien qui a l’opportunité d’être dirigé par Polanski. La domination et la liberté se côtoient, s’affrontent, s’enlacent dans ce film : et si La Vénus à la Fourrure était une métaphore des passions qui font vibrer un acteur ? Vu le résultat impressionnant et la finesse, l’humour, la précision que nous offrent les comédiens, c’est en tout cas une belle déclaration d’amour au processus de jeu.

On ne parle plus d’érotisme ou de sadomasochisme, non, on parle d’amour. Et, dans cette mise en scène des rapports de domination, c’est le jeu qui est roi : Polanski le vénère, comme un dieu, ou plutôt comme une déesse qui ne serait qu’amour, qui serait alors Vénus …

La Vénus à la Fourrure : la divinité du jeu

La Vénus à la fourrure de Roman Polanski avec Emmanuelle Seigner, Mathieu Amalric.

Sorti le 13 Novembre 2013 au cinéma. 1h35 min.

commentaires

linho 17/01/2015 13:31

J'aime trop ce film ! Mais aussi la veste en velour de thomas dans le film. Savez-vous ou je peux la trouver ?

Merci.