Le patrimoine funéraire est-il en train de mourir ?

par Marie 15 Décembre 2013, 12:00 Patrimoine

Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons / CC-BY-SA-3.0 ; www.inmybubble.org/2010/10/30/balade-au-pere-lachaise
Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons / CC-BY-SA-3.0 ; www.inmybubble.org/2010/10/30/balade-au-pere-lachaise
Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons / CC-BY-SA-3.0 ; www.inmybubble.org/2010/10/30/balade-au-pere-lachaise

Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons / CC-BY-SA-3.0 ; www.inmybubble.org/2010/10/30/balade-au-pere-lachaise

Alors que les grands tombeaux de pierre, de la Renaissance italienne notamment, sont aujourd’hui considérés comme des œuvres d’art à part entière, les tombes des cimetières parisiens ne connaissent pas toujours les mêmes faveurs. Le Père-Lachaise est un des lieux de la capitale française qui accueille le plus de visiteurs par an et pourtant la conservation de ses sépultures est complexe et en danger.

Au niveau législatif tout d’abord. Les cimetières appartiennent à la Ville, elle doit donc entretenir la végétation, les axes de circulation mais les concessions sont cédés à des personnes de droit privé pour une durée définie ou à perpétuité. Pendant cette période, l’autorité locale ne peut intervenir (sauf dans des cas extrêmes de ruines, mais qui sont souvent pris en charge trop tard pour pouvoir être sauvés). Ainsi, les tombes peuvent ne pas être entretenues, s’effondrer et disparaître sans que les concessionnaires soient inquiétés.

Il est toujours difficile de conserver des œuvres en extérieur et en particulier lorsque celles-ci entrent en conflit avec leur environnement. Or le Père-Lachaise n’est pas qu’un cimetière. La végétation prend parfois le dessus sur les tombes, mettant en danger la structure même de ces dernières. Dans ce cas, qui doit être préservé : la nature ou la culture ? La multiplication des insectes, des micro-organismes, la condensation d’humidité… sont autant de facteurs qui accélèrent la détérioration des sépultures. Pourtant, ces deux entités se doivent de cohabiter du fait de la double protection immobilière et naturelle qui existe.

Enfin, les cimetières sont hélas victimes de vols fréquents. Six bustes disparaissent en 2006, nombreuses parties du vase Chenavard en 2008, une sculpture en bronze en 2009… Rien que pour le Père-Lachaise. Si encore les lieux avaient fait l’objet d’un inventaire précis, les objets dérobés pourraient être localisés et suivis plus efficacement. Mais ce n’est pas le cas. Les autorités et les professionnels ne disposent d’aucune documentation permettant une meilleure conservation des espaces.

Bien sûr, pour qu’une préservation efficace soit menée il faudrait qu’une véritable politique patrimoniale voit le jour. Pour les vingt cimetières de la région parisienne, un seul poste de conservateur existe, pour le Père-Lachaise, seulement douze agents de surveillance sont présents… Ces quelques chiffres laissent songeurs quant à l’avenir des cimetières. Mais, et nous ne pouvons que le regretter, il ne semble pas d’actualité d’ouvrir des postes de conservateurs.

Alors que faire ? Des stagiaires pourraient prendre en charge un inventaire complet, mais il faudrait qu’ils soient encadrés. Des étudiants en histoire de l’art pourraient initier des travaux de recherche sur des thèmes fondamentaux comme l’utilisation de la terre cuite dans les sépultures du XIXe siècle, avant qu’il ne soit trop tard. Nous sommes alors confrontés à un autre problème, majeur : quelle est la place de ce type de biens culturels dans les sphères du patrimoine ?

L’archéologie l’a prouvé à mainte reprises : les tombes nous renseignent sur les civilisations passées. Les croyances, la gestion des morts, la ville, l’art sont autant de sujets contenus dans la tombe. Peut-être qu’il serait temps de nous interroger sur notre gestion globale du patrimoine car une société qui se désintéresse de ses ancêtres et de leurs restes matériels est souvent, preuve en est dans l’Histoire, une société qui périclite.

Que risque de devenir le pin parasol de Brassens à Sète si nous ne faisons pas attention aux morts et à leur « petit trou moelleux » ? Si encore une fois, le patrimoine ordinaire, celui du quotidien et de chacun, est oublié alors qu’il regorge de trésors d’art et, parfois, d’humour ?

Courtesy Vincent Ferey

Courtesy Vincent Ferey

commentaires

Pierre-Yves Beaudouin 12/04/2014 09:20

En attendant d'avoir des conservateurs, des stagiaires et des étudiants, tout le monde peut aider en photographiant les tombes. Correctement classées et mises à la disposition de tous, ce contenu serait déjà utile. En plus, il est facile de retranscrire les inscriptions des monuments et compléter les fiches d'ouvrages anciens qui se trouvent sur Gallica.

Ainsi, j'en suis à un peu plus de 2000 tombes du Père-Lachaise.

https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Graves_in_Cemetery_P%C3%A8re-Lachaise

Le site Wikimedia Commons fonctionne comme Wikipédia. Tout le monde peut donc aider.

Véronique Belle 16/01/2014 12:06

Bonjour,
C'est avec beaucoup d'intérêt que j'ai lu votre article. En effet, je partage les mêmes préoccupations.

J'y ajouterais simplement une pincée d'optimisme dont vous pourrez comprendre les raisons en lisant la brève ci-dessous :

http://inventaire-rra.hypotheses.org/1194#identifier_1_1194

Depuis, d'autres opérations ont eu lieu, notamment à l'université d'Avignon en septembre 2013 (dont les actes sont en préparation).

Je me tiens à votre disposition pour tout renseignement complémentaire.

Bien cordialement,

Véronique Belle