Lina Bo Bardi "Together"

par Elina Lumbroso 9 Décembre 2013, 12:44 Patrimoine Gratuit Expos

Lina Bo Bardi "Together"
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Lina Bo Bardi, « Together ». Exposition du 13 novembre au 19 janvier

au Pavillon de l’Arsenal à Paris

GRATUIT

Me rendant au Pavillon de l’Arsenal pour la première fois, je suis agréablement surprise par la beauté du lieu : situé à deux pas de Bastille, cet ancien entrepôt de la Samaritaine est un très bel espace réhabilité. Composé d’un grand hall qui accueille au Rez-de-Chaussée l’exposition permanente sur l’histoire urbaine et architecturale de Paris, il présente également des expositions temporaires au niveau des deux mezzanines qui surplombent l'ensemble.

Je décide de m’intéresser à l’exposition sur Lina Bo Bardi, architecte qui m’était totalement inconnue. D'emblée j'y découvre les travaux d’une femme aux multiples casquettes, à la fois architecte, artiste, rédactrice et designer. Au delà des vingt ans d’expositions sur les domaines de l'architecture et de l’urbanisme, c’est la troisième monographie organisée par le Pavillon de l’Arsenal ; une exposition qui se présente comme un hommage à l'œuvre et au personnage de Lina Bo Bardi.

Communiste et engagée, véritable militante, Bo Bardi quitte la péninsule italienne pour rejoindre le Brésil en 1946. Motivée par des raisons politiques et personnelles, elle désire également s'éloigner des cités italiennes, dont les politiques urbaines sont alors entièrement centrées sur la reconstruction post-Seconde Guerre mondiale, pour entreprendre des projets novateurs dans un pays en plein développement urbain. Le Brésil de l'époque est souvent dépeint comme étant le pays idéal pour les architectes du Mouvement Moderne en quête de visibilité et d’opportunités.

Esthétique moderniste et environnement

Les deux premiers projets qu'elle réalise - sa maison, la « House of Glass », et la « Chame-Chame House » - sont des manifestes de son œuvre dont l'essence est un mélange combinant le rationalisme esthétique de Le Corbusier (importance de la lumière, structure sur pilotis, mobilier dessinant les intérieurs, présence de la nature) et la culture vernaculaire brésilienne. À travers ses différents projets, Bo Bardi réinterprète les règles du mouvement moderne et les rejoue en les déjouant. Autrement dit, en utilisant leur environnement pour mettre en valeur les bâtiments qu'elle conçoit, Bo Bardi cherche à dépasser les contradictions de l’architecture moderniste, celles des bâtiments standardisés qui ignorent tout du lieu auquel ils se rattachent. L'exemple de la Glass House est surement l'un des plus significatifs puisque la demeure est construite autour d’un arbre qui la traverse, situé au cœur d’une forêt luxuriante. Autre exemple, la Chame-Chame House, qui est composée d’éléments du paysage comme des coquillages.

Bo Bardi l’artiste

Peut-on être architecte sans être artiste ? C'est l'une de mes interrogations lorsque je découvre la technicité et la sensibilité exacerbée de Bo Bardi au fur et à mesure de l'exposition. On retrouve à plusieurs reprises la « Bowl Chair » conçue par la designer. De nombreux dessins, croquis, photos sont suspendus à la Halle du Pavillon. Elle se démarque des plans architecturaux techniques en travaillant à l’aquarelle des plans simples ou des scènes de personnages pour illustrer, imager les usages possibles de ses bâtiments. D'ailleurs ce n’est pas sans rappeler l’objectif des visualisations 3D actuelles, beaucoup moins poétiques. Ce type de dessins, accessibles à tous, illustre bien la volonté permanente de Bo Bardi d'aller vers toujours plus de démocratisation voir même de désacralisation du savoir et des élites en règle générale.

Elle conçoit le Musée d’Art de Sao Paulo, inauguré en 1968. Englobé dans deux planchers de béton, il est suspendu par deux grands portiques peints en rouge. C’est un bâtiment simple, en verre, avec deux grands espaces libres d’exposition. Le Musée est soulevé du sol, offrant un espace d’ombre au centre-ville de Sao Paulo. Là encore, la démarche est claire : il faut que l’Art soit accessible à tous et exposé sur la place publique. Le bâtiment est d'ailleurs suspendu pour garder une perspective sur la ville. En concevant un bâtiment par et pour la ville, on comprend que ses intentions ne sont pas seulement architecturales mais aussi urbaines. On peut rapprocher ces intentions de celles du bâtiment de Beaubourg de Piano et Rogers qui ont, eux aussi, dégagé un large espace devant le Musée et des grands plans libres à l’intérieur, une dizaine d’année plus tard.

Sur la mezzanine du Pavillon, je me promène dans des salles mettant en scène des objets de la culture populaire brésilienne, des montages vidéo de divers matériaux de construction - tranchant avec le systématisme du béton - des petits films illustrant l’animation urbaine de Sao Paulo, autant d’éléments qui symbolisent les sources d’inspiration de Lina Bo Bardi. C’est avec un réel regard d’anthropologue qu’elle appréhende la culture brésilienne pour réussir à faire converger l'avant-garde esthétique avec la tradition populaire locale. On pénètre ainsi dans son intimité à l'aide d'une scénographie qui re-contextualise son inspiration.

Architecte engagée politiquement et socialement, Lina Bo Bardi attachera une importance particulière à la portée sociale de son œuvre et aux usages qui en seront faits. Observer ses intentions artistiques spontanées, presque intuitives, à travers ses réalisations et ses dessins est d’autant plus intéressant qu’ils constituent presque une critique non formulée à l’égard de ses pairs du Mouvement Moderne. On regrette alors que Lina Bo Bradi n’ait pas théorisé son œuvre, tout en restant impressionné par l’intelligence d’une architecture, qui semble percevoir, dix ans avant les premières critiques du mouvement moderne, certaines de ses principales limites.

Lina Bo Bardi "Together"
Lina Bo Bardi "Together"
Lina Bo Bardi "Together"

Le Pavillon de l'Arsenal est ouvert du mardi au samedi, de 10h30 à 18h30 et le dimanche, de 11h à 19h.

ENTRÉE LIBRE

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