Matière sensible, Anders Petersen à la Bnf

par Fanny 17 Décembre 2013, 11:00 Expos

Anders Petersen. Café Lehmitz. 1970 © Anders Petersen. Courtesy Galerie VU’

Anders Petersen. Café Lehmitz. 1970 © Anders Petersen. Courtesy Galerie VU’

Depuis mi-novembre, la Bibliothèque nationale de France nous offre une plongée dans l’univers brutal et sensible du suédois Anders Petersen. L’exposition, qui se défend d’être une rétrospective à proprement parlé, retrace la carrière du photographe en présentant ses séries photos majeures, des années 60 à nos jours. Entrainé dans la vision en noir/blanc de l’artiste, notre voyage est dense et saisissant.

Profondément marqué par le travail de Christer Strömholm (le plus grand photographe suédois de l’époque), Anders Petersen suit ses cours à l’École de photographie de l’Université de Stockholm. De là découle une sincère amitié et une influence mutuelle sur leur travail. En témoigne notamment une photographie de la série City Diary qui fait hommage à Cimetière sous la neige de Strömholm

Dès 1967, Petersen se rend à Hambourg où il avait déjà séjourné quelques années auparavant afin d’étudier l’allemand. Durant 3 années, il réalise la série photographique qui lui vaut une reconnaissance immédiate et internationale : Café Lehmitz[1]. Petersen trouve ici sa signature photographique ; un vocabulaire emprunté au snapshot et un questionnement sensible sur la société et la condition humaine contemporaine. Il poursuit dans cette voie jusqu’à aujourd’hui. Plus à l’aise à ses débuts dans les milieux retirés de la société et les espaces clos (Café Lehmitz 1967-1970 ; Fängelse 1980-1983 sur le milieu carcéral ; Aldre Omsorg 1988-1991, dans une maison de retraite ; Mental Hospital 1993-1995), Petersen trouve aujourd’hui dans les rues de grandes villes un terrain de rencontres et de travail privilégié (Roma 2012, City Diary 2012).

L’accrochage de la BnF est dense et pourtant très dynamique grâce aux variations de formats et de systèmes d’accrochage. Certaines séries sont présentées sous cadres, d’autres sont simplement épinglées, donnant une sensation de proximité avec l’image. Les photographies sont tantôt accrochées bord à bord, toutes de format identique recouvrant la quasi totalité du mur, tantôt de formats variables, dispersées sur les cimaises comme un nuage d’images. L’avantage de cette présentation est d’équilibrer la dureté des sujets représentés. Les images plus difficiles se « fondent » au milieu de représentations plus légères. Les photographies choquantes, comme les scènes de sexe, les visages tuméfiés ou encore la naissance d’un enfant par césarienne de la série From Back Home sont nuancés par des images plus tendres et parfois même cocasses.

Chaque photographie garde cependant son individualité et il est très aisé de s’attacher particulièrement à l’une d’entre elle. Le parcours de l’exposition invite d’ailleurs à cela, flou et non chronologique, il amène les visiteurs à revenir sur ses pas, à porter son regard une seconde fois sur les images.

[1] Une vingtaine d’épreuves de cette série sont acquises par la BnF en 1974.

Anders Petersen. Soho. 2011 © Anders Petersen. Courtesy Galerie VU’

Anders Petersen. Soho. 2011 © Anders Petersen. Courtesy Galerie VU’

La matière, le grain des photographies est caractéristique dans le travail de Petersen. Les tirages d’époques de petit à moyen format tout comme les grands formats impressions jet d’encre des photographies récentes, sont composés d’effets de matière qui donnent une sensibilité toute particulière au sujet et une qualité esthétique aux images. Ses portraits de femmes en plan rapproché dégage notamment une émotion palpable, le grain donnant du relief et donc de la vie, du mouvement à la photographie.

Les visiteurs plongent dans la vision du monde de Peterson dont le regard est subjectif mais aussi empathique et sensible. Communiquer avec autrui, connaître les gens qu’il approche est pour lui l’étape essentiel de son travail. Nous sommes ainsi immergé dans l’intimé des personnes représentées, touchantes dans leur personnalité, leur particularité ou même leur simplicité. L’exposition invite réellement les visiteurs à vivre durant un instant à travers le regard du photographe questionnant notre société et notre réalité :

Il ne s’agit pas d’expliquer quelque-chose qui est sans réponse, mais de poser les questions. Plus il y a de questions et de désir das une prise, meilleure elle est [1].

Il est agréable de pouvoir terminer la visite de l’exposition devant la vidéo produite par JH Engström, ancien élève de Petersen et surtout, n’oubliez pas d’aller jeter un coup d’œil derrière le dernier mur sur lequel sont épinglés les portraits de Barbara et Gertrud, issus de la série Café Lehmitz et développés à l’occasion de cette exposition. Caché entre la dernière cimaise et la porte de sortie que personne n’emprunte, accroché sur un mur rouge et éclairé à la manière d’une miniature flamande, se trouve Likenäs, photographie datée de 1962 qui laisse transparaître toutes les promesses de l’œuvre de Petersen.

[1] PETERSEN Anders, citation ornant un mur de l’exposition.

Anders Petersen. Close Distance. 2002 © Anders Petersen. Courtesy Galerie VU’

Anders Petersen. Close Distance. 2002 © Anders Petersen. Courtesy Galerie VU’

Petit bémol à cette belle présentation de l’œuvre de Petersen, les planches contactes pour la série Café Lehmitz présentées brut et sans explication laissent la démarche de travail du photographe obscure à notre esprit. Au-delà des recadrage il est difficile de saisir les choix faits par Petersen à partir de ces planches Nous regrettons aussi la présentation des livres de Petersen dans une vitrine qui ne nous laisse en voir que la couverture. Les vitrines sont un outils permettant de donner de la valeur ajoutée aux expositions ; elles offrent la possibilité de donner aux visiteurs des explications sur la démarche de travail de l’artiste ou sur des faits qui entourent sa production. Ce n’est malheureusement pas le cas ici. Les clefs manquent aux visiteurs pour comprendre et trouver un réel intérêt à ce qu’il regarde.

L’exposition est à voir jusqu’au 2 février 2014 dans la galerie Mansart de la BnF-Richelieu. Du mardi au samedi de 10h-19h et le dimanche de 12h-19h. Entrée 7 euros, réduit 5 euros

Pour en voir plus, faites un tour à la galerie VU’ qui présente To Belong, son travail fait à Emilia, un village italien près de Modem, touché par un important séisme et ses nombreuses répliques en 2012.

Et pour découvrir le regard sur Paris de Christer Strömholm, le photographe suèdois qui a formé Petersen, rendez-vous à l’Institut suédois pour l’exposition 2 x Paris : JH Engström et CHR Strömholm.

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