Roselyne amoureuse, et Bruno absolu

par Max 12 Décembre 2013, 10:51 Scènes Livres

Roselyne amoureuse, et Bruno absolu

Avec le bicentenaire de Wagner et de Verdi, pléthore de livres sont parus cette année, alimentant les discrets rayons “musique classique” des librairies, pour notre plus grand bonheur, et souvent pour nous surprendre. Parmi ceux-ci, une oeuvre, au titre aussi évocateur qu’éloquent, m’a de suite interpellé : Verdi amoureux (tout semble dit). L’auteur ? Roselyne Bachelot, notre ancienne ministre aux divers portefeuilles. Sur la couverture, un avant-goût de la plume de notre chère et tendre annonce la couleur de l’ouvrage (lecteurs sensibles, accrochez-vous) :

« C’est le fils, le mari, l’amant, le père que j’ai voulu raconter. »

Une fois le livre ouvert, en parcourant la préface, on découvre la visée céleste de l’écrit :

« Ce livre, c’est « mon » Verdi, celui que je sens, celui que je ressens en buvant un espresso sur la place des Herbes à Vérone alors que mon voisin entonne, repris par la foule qui nous entoure, l’air de Procida dans les Vêpres Siciliennes. »

Roselyne amoureuse, et Bruno absolu

Ce livre, c’est surtout une sorte de bouillie biographique très romancée, vaguement historique, d’où jaillissent des saillies sentimentales, orchestre battant. Mais, Roselyne Bachelot n’a pas pour autant perdu sa verve, comme le montre un entretien donné au magazine Le Nouvel Observateur, et publié le 13 octobre 2013, dans lequel Jacques Drillon lui demande de définir Verdi :

« Jacques Drillon : Ce n’est pas un compositeur à effets, à l’estomac ?
Roselyne Bachelot : Bien sûr qu’il est à l’estomac, heureusement ! Ce n’est pas Gabriel Fauré ! Il vous prend par les couilles ! »

Roselyne amoureuse, et Bruno absolu

L’an dernier, c’est un autre ministre de Nicolas Sarkozy qui avait fait montre de son amour pour la très noble musique classique. Bruno Le Maire nous avait quant à lui assez génialement surpris avec un “roman” dans lequel un journaliste se prend d’une passion fulgurante pour le chef d’orchestre allemand Carlos Kleiber, après être tombé par hasard sur un enregistrement de la 7ème de Beethoven, sur une route noire et lessivée de pluie. Le journaliste s’en ira à Rome interroger un des violonistes ayant joué sous la baguette du maestro, qui lui racontera pêle-mêle des souvenirs émouvants, des anecdotes cocasses, et des épisodes tellement prenants qu’on en vient à croire que cet entretien a vraiment eu lieu ! Sous la dictée de ce violoniste bourru, drôle et sympathique, le style est extrêmement vivant et le récit haletant :

"Un jour où nous répétions le Freischütz, alors que nous patinions sur l’ouverture depuis deux heures, il (Carlos Kleiber) agite son bras gauche, hoche lentement la tête et nous pose la question : "Est-ce que vous croyez aux fantômes ?" Deux fois, il nous demande, sur un ton de voix sincère, un sourire énigmatique flottant sur ses lèvres : "Est-ce que vous croyez aux fantômes ?" Après un silence, il ajoute : "Votre musique manque de fantômes." Il lève la baguette. Reprise. Nouvelle interruption. "Les fantômes ! Où sont vos fantômes ?" Il se passe lentement la main dans les cheveux, il les ramène en arrière. Il commence à transpirer. À chaque répétition, il transpirait abondamment. "Vous perdez le tempo ! Gardez le tempo ! On reprend à 54. Non, 55." Reprise. Nous nous efforcions de faire naître les fantômes en respectant le tempo. Les deux ensemble : les fantômes et la mesure. Une tâche impossible. Interruption. "Les violons ! Vous n’êtes pas assez nets. Pas assez détachés. On doit entendre : ta-ta-ta-ta-ta !" Il se mord la lèvre inférieure, il articule ses instructions avec le plus de netteté possible. Avec son pouce et son index, il pince le vide devant lui : "Vous entendez ? Ta-ta-ta-ta-ta et ta-ta-ta-ta-tim ! Ce sont des fantômes, mais des fantômes très mathématiques."

Roselyne amoureuse, et Bruno absolu

À quand le retour piano piano de Nicolas Sarkozy, sur quelques notes de Casse-Noisette ?

Musique absolue, Une répétition avec Carlos Kleiber, Bruno Le Maire, 2012.
Verdi amoureux, Roselyne Bachelot, 201
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