Auguste Perret au Palais Iéna

par Elina Lumbroso 19 Janvier 2014, 10:00 Patrimoine Expos

L’architecture, c’est ce qui fait les belles ruines

Auguste Perret (1874-1954)

Auguste Perret au Palais Iéna
Auguste Perret au Palais Iéna
Auguste Perret au Palais Iéna
Auguste Perret au Palais Iéna

Je ne suis pas une grande fan du béton, mais la rétrospective sur Auguste Perret vaut le détour. Le Palais Iéna, accueille jusqu’au 19 février 2014 l’exposition « Huit chefs d’œuvre !/? - Architectures du béton armé ». Située dans un édifice conçu par Perret lui-même, l’exposition est une réelle mise en abîme qui dépeint l’œuvre d’un des plus grands architectes du XXe siècle.

Eglise de Raincy, Théâtre des Champs Elysées, Salle Cortot, Musée des Travaux Publics, immeuble de la rue Franklin à Paris, restructuration complète de la ville du Havre après sa destruction, Auguste Perret a incontestablement marqué l’Histoire de l’Architecture française. Considéré comme le précurseur du mouvement moderne, il est le premier architecte à avoir magnifié le béton, à l'époque plébiscité par les ingénieurs.

Entre l’ancien et le moderne : l’architecture d’un « intellectuel-constructeur »

Auguste Perret au Palais Iéna

Outre les qualités indéniables du béton pour la construction (robustesse, coût), le matériau est pour Perret un intermédiaire permettant de concilier la grandeur des formes architecturales de l’Antiquité – une époque qu’il affectionne tout particulièrement - et les avancées techniques du XXe siècle. Les colonnes de la salle hypostyle qui accueille l’exposition témoignent d’ailleurs de ce style néo-classique qui lui est propre. Pour s’élever au niveau des architectes antiques, Perret ira jusqu’à créer un nouveau vocabulaire, un ordre architectural moderne français, au même statut que l’ordre dorique, ionique ou encore corinthien de la Grèce antique: « l’ordre du béton armé ».

Au-delà de la théorisation, sa réussite professionn elle a largement contribué à le faire connaître et reconnaître de son vivant. Son entreprise familiale « Perret Frères », l’une des plus importantes agences de la première moitié du XXème siècle, révolutionnera la pratique de la maîtrise d’œuvre en associant les métiers de l’entreprenariat et de l’architecture. Il y accueille en stage un certain Charles-Edouard Jeanneret en 1908 – alias le Corbusier - en tant que dessinateur. Ces deux figures modernes se portent une admiration mutuelle, malgré les rivalités et divergences qui les opposent indéniablement au cours de leurs carrières. En 1952, lorsque Perret visite l'Unité d'habitation de Marseille de Le Corbusier, il déclare qu' «il n'y a que deux architectes, l'autre c'est Le Corbusier».

La scénographie de l’exposition, ou l’art du lieu

Auguste Perret au Palais Iéna
Auguste Perret au Palais Iéna
Auguste Perret au Palais Iéna
Auguste Perret au Palais Iéna
Auguste Perret au Palais Iéna
Auguste Perret au Palais Iéna
Auguste Perret au Palais Iéna
Auguste Perret au Palais Iéna
Auguste Perret au Palais Iéna
Auguste Perret au Palais Iéna

L’agence de Rem Koolhaas OMA AMO assure le commissariat artistique de l’exposition et met en récit l’œuvre de Perret avec brio. Trois allées parallèles exposent des maquettes, photos, croquis ou objets d’époque qui témoignent du vécu de ses constructions. Sur la mezzanine, le visiteur pénètre dans un tout autre univers, composé de plusieurs maquettes de béton, réinterprétations des théories de Perret par des élèves d’écoles d’architecture.

On retrouve une sorte de mimétisme dans l’exposition, claire dans l’espace, et fidèle à la clarté et la limpidité de l’œuvre de Perret, dont l’architecture du Palais d’Iena, ancien Musée des Travaux Publics, est le manifeste. C’est une exposition destinée au grand public, didactique uniquement dans sa visibilité, sans surplus d’explications. La salle hypostyle du Palais est superbement aménagée, et les matériaux choisis par les commissaires d’exposition - caillebotis industriels, néons, gradins de bois- s’accordent très bien avec le béton de l’architecte. Le visiteur aura aussi la chance pénétrer dans l’auditorium du Palais, « parlement » du Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE), qui diffuse un film décalé sur les habitants de la rue Franklin.

Souvent surnommée « Stalingrad sur mer » pour son urbanisme rationaliste, décriée pendant de nombreuses années pour ses bâtiments qui vieillissent mal et ses espaces publics stériles, la ville du Havre, connaîtra à nouveau la consécration avec sa classification en 2005 au patrimoine mondial de l’Unesco. Elle sera alors récompensée par l’organisation internationale pour être « un exemple d’après-guerre exceptionnel de l’urbanisme et de l’architecture, basé sur l’unité de la méthodologie, l’utilisation systémique d’une trame à module et l’exploitation novatrice des potentiels du béton ».

La réputation paradoxale de cette ville correspond assez bien à mon ressenti concernant l’œuvre de Perret, que je trouve à la fois visionnaire et innovante, prescriptive et mégalo.

Qu’on soit passionné, réticent ou insensible à l’architecture Perret, on ne peut demeurer indifférent au sortir de cette superbe rétrospective qui raconte et repense une œuvre qui me semble incontournable. L’exposition est gratuite de surcro^t, alors Chauffe Marcel !

commentaires

Pierre-François Puech 02/12/2016 20:32

Auguste Perret a fait école, nous avons eu à Montpellier Marcel Bernard dont les édifices contribuent au rayonnement de la ville https://www.academia.edu/30107992/Colonne_de_Montpellier_Marcel_Bernard_et_Le_Style_sans_Ornements_d_Auguste_Perret