Levons le voile sur la tenture : La Dame à la licorne restaurée

par Marie Ferey 5 Janvier 2014, 10:00 Beaux Arts

Comme il est dur d’écrire un article court sur une œuvre si riche que la Dame à la Licorne

Pour décrypter les symboles qui se cachent tout au long de ces pièces de tapisserie et donner un sens à l’ensemble il faudrait rester plusieurs heures dans la nouvelle salle du Musée de Cluny dédiée à la tenture. Malgré les nombreuses études consacrées à l’œuvre, elle contient encore des mystères iconographiques et conceptuels.

Depuis trois ans, le musée du Moyen-Âge supervise la restauration de la tenture grâce à des techniques médiévales utilisant des colorants naturels du XVe siècle. C’est un pas dans l’histoire de la restauration que d’entrer ainsi en cohésion complète avec l’œuvre. Depuis quelques années, les restaurateurs cherchent à comprendre le « geste créatif », ou plus simplement la manière dont l’objet a été créé, afin de restituer au mieux son intégrité structurelle. Et ce, malgré les altérations dues au passage du temps ou aux dégradations accélérées. La restauration de la Dame est un bel exemple de ces nouvelles démarches.

Les tentures médiévales décoraient les intérieurs et servaient à isoler du froid les demeures aristocratiques. Elles étaient composées de plusieurs pièces de tapisserie qui formaient un cycle narratif. Il est rare, du fait des mauvaises conditions de conservation et des changements de mode, que des ensembles complets parviennent jusqu’à nous. Cela fait de la Dame à la licorne un document précieux pour les historiens de l’art et pour le public. Que nous raconte la Dame ? Les historiens de l’art s’accordent sur les cinq premières tapisseries : les cinq sens.

Dans l'ordre: La vue, le toucher, le goût, l'odorat et l'ouïe.
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Mais la sixième pièce pose des problèmes d’interprétation. On a considéré qu’elle représentait le sixième sens : celui du cœur et de l’entendement théorisé par Marsile Ficin, philosophe à la cour des Médicis, comme le sens ultime. Sa thèse eut un écho puissant dans le royaume de France où fut tissée la tenture vers 1500. Pourtant, l’inscription du pavillon peut être interprétée différemment : une devise centrale (« Mon seul désir »), encadrée de deux lettres, le « A » et le « I ». La tenture a été faite pour les Le Viste, riche famille lyonnaise, dont le blason apparaît sur chacune des pièces de tapisserie. Le A ferait référence à Antoine, le fils aîné, et le I à Jacqueline, sa femme. L’interprétation de la tenture serait donc plus érotique, appuyée par la présence d’un faucon attaquant un héron, qui représente dans la symbolique médiévale, le désir sexuel. Peut-être un cadeau de mariage ? Toujours est-il que c’est cette confusion iconographique qui a fait la renommée de l’œuvre.

Levons le voile sur la tenture : La Dame à la licorne restaurée

La nouvelle muséographie a pris le parti de la première interprétation, présentant les pièces dans l’ordre hiérarchique des sens dans la pensée médiévale (du toucher, sens le plus matériel, à la vue, le plus spirituel). Au sol, une sorte de boussole guide le regard du visiteur, en indiquant les sens représentés. L’inclinaison des cimaises met en valeur la Dame, accentue sa monumentalité et évite les effets de tension verticale, pour une meilleure conservation. Les murs peints en bleu gris ardoise, rendent les teintes de l’œuvre plus éclatantes. Ajouter à cela, des leds encastrées dans un faux plafond réconcilient la muséographie avec l’éclairage zénithal et assure une lumière non dégradante pour le tissu.

Levons le voile sur la tenture : La Dame à la licorne restauréeLevons le voile sur la tenture : La Dame à la licorne restaurée

Le projet de la Dame à la licorne est le premier jalon du grand chantier « Cluny 4 », mené en collaboration avec l’architecte des Monuments Historiques, Paul Barnoud. Il vise à rendre accessible le musée par une nouvelle entrée, boulevard Saint-Germain, et à revoir l’ensemble du parcours d’exposition. En cela, le nouvel espace muséal de la Dame est un événement car son inauguration concrétise une nouvelle vie pour le musée du Moyen-Âge. Débuter par le grand chef-d’œuvre du musée n’est pas dû au hasard. Ce choix rappelle surtout la grandeur et la richesse des collections publiques françaises.

Levons le voile sur la tenture : La Dame à la licorne restaurée

Musée de Cluny - Musée national du Moyen Âge
6 place Paul Painlevé
75005 Paris

01 53 73 78 00

Tous les jours sauf le mardi, de 9 h 15 à 17 h 45

Métro Cluny-La Sorbonne / Saint-Michel / Odéon

Tarif plein: 8 euros / réduit: 6 euros.

GRATUIT ce Dimanche !

commentaires

M. Jacky LORETTE 16/06/2016 18:16

Bonjour
La Dame à la licorne n’est pas médiévale car tissée après 1515 et 1525.
Vous voyez vraiment un I dans la dernière lettre (barrée, comme la A initial !) de l’inscription ?
Pour de plus amples renseignements sur La Dame à la licorne
je vous invite à visiter mon site
http://dame-licorne.pagesperso-orange.fr/
Cordialement. JL