Quand les Brigands offrent un sérieux lifting à La Grande Duchesse d'Offenbach

par Steven 1 Janvier 2014, 10:08 Scènes

Quand les Brigands offrent un sérieux lifting à La Grande Duchesse d'Offenbach

La Grande Duchesse de Gérolstein, opéra bouffe de Jacques Offenbach, créé en 1867 au théâtre des Variétés est repris aujourd'hui au théâtre Athénée - Louis-Jouvet par la troupe des Brigands. Si La Grande Duchesse perd au passage son patronyme, elle subit également un sérieux lifting à l'ère du mariage pour tous.

La mise en scène de Philippe Béziat – aidé à la direction musicale par Christophe Grapperon – est à des années lumière de celle qu'avait fait Laurent Pelly au théâtre du Chatelet en 2004. La scénographie est sobre : un cyclorama, une estrade en fond de scène, quelques coffres en bois de tailles variées, une porte de chaque côté. Le nombre des comédiens/chanteurs est réduit au minimum de neuf – pas de chœur ou de figurants. Ils sont accompagnés sur scène par les musiciens – au nombre de neuf également - et le chef d'orchestre, qui évoluent autour des comédiens et se mêlent à eux au fil de l'intrigue. Sur la petite scène de l'Athénée, cela produit parfois un effet d'entassement qui convient bien à l'esprit de l'opéra bouffe d'Offenbach.

La structure originale en trois actes et quatre tableaux est ici réduite à deux actes d'une heure chacun. L'intrigue est ainsi dynamisée, les péripéties s'enchaînant à une allure folle. Le tout est porté par des interprètes excellents, dont l'énergie est communicative. Dans le rôle titre, Isabelle Druet impose un charisme et une folie, tant dans le chant que dans la comédie, qui donnent toute son ampleur au personnage créé par Offenbach. Elle est accompagnée par une troupe de garçons tour à tour bouffons (Olivier Hernandez en Prince Paul), balourds (Antoine Philippot en Général Boum) et reptiliens (Flannan Obé en Baron Puck), qui nous entraînent dans cet univers résolument fantaisiste.

La prouesse des Brigands, c'est d'avoir conservé l'essence du livret d'Henri Meilhac et Ludovic Halévy tout en lui donnant une résonance tout à fait actuelle. C'est en effet une version « post-mariage pour tous » de l'oeuvre d'Offenbach qu'il nous est donné de voir ici. Ainsi, dès le premier tableau, pas de cantinière, mais seulement quatre soldats endormis. Deux d'entre-eux vont se rapprocher puis s'aimer : le soldat Schwartz remplace ainsi la Wanda de la version de 1867. Plus tard, au tout début du deuxième acte, le chœur des demoiselles d'honneur est remplacé par un chœur de soldats, pressés de retrouver leurs chères et tendres. Enfin, le Baron Grog, allié du Prince Paul, nous apparaît ici d'abord sous les traits d'une femme, avant de se grimer en homme pour aller rencontrer la Grande Duchesse. Cette dernière va immédiatement s'en amouracher et les scènes de séduction – entre les deux femmes – prennent alors une autre dimension.

Tout le sous-texte irrévérencieux que pouvait contenir l'oeuvre d'Offenbach à l'époque et qui fit s'agiter la censure – qui parlait alors de « situations scabreuses » - est ici rendu parfaitement actuel par cette confusion des genres. Le tout avec beaucoup de finesse et d'intelligence : la scène de mariage entre Fritz et Wanda (ici Schwartz) est ainsi coupée au profit d'une dernière image hautement plus symbolique qui met en parallèle les deux couples formés par le Prince Paul et la Grande Duchesse et les soldats Fritz et Schwartz, dans un quotidien de couple plan-plan – une tisane et au lit – un quotidien plan-plan pour tous.

Durée: 2h05 avec entracte

A voir jusqu'au 5 janvier 2014

Théâtre Athénée – Louis-Jouvet

Square de l'Opéra Louis-Jouvet

7 rue Boudreau

75009 Paris

Infos pratiques:

http://www.athenee-theatre.com/infos/reserver.cfm

Puis en tournée dans toute la France jusqu'en mai 2014:

http://www.lesbrigands.fr/v2/?page_id=155

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