Sauvons le Lavoir moderne parisien !

par Lise Corcelle 8 Janvier 2014, 10:00 Patrimoine

Sauvons le Lavoir moderne parisien !

La rue Léon. « Un des quartiers les plus populeux de Paris » peut-on lire en sous-titre. Les rues de la Goutte d’Or (18ème arrondissement) ont bien changé depuis cette fin du XIXème siècle… Mais pas le Lavoir Moderne Parisien ! « Un grand hangar, monté sur piliers de fonte, à plafond plat, dont les poutres sont apparentes. Fenêtres larges et claires. En entrant, à gauche, le bureau, où se tient la dame ; petit cabinet vitré, avec tablette encombrée de registres et de papiers. Derrière les vitres, pains de savon, battoirs, brosses, bleu, etc. A gauche est le cuvier pour la lessive, un vaste chaudron de cuivre à ras de terre, avec un couvercle qui descend, grâce à une mécanique[1]. ». Si la dame s’est déplacée à droite de l’entrée et vend désormais des billets, et si le matériel a disparu, l’ambiance décrite par Zola a laissé un souvenir fugace.

Construit en 1850 et actif jusqu’en 1953, le Lavoir moderne parisien devient en 1986 une salle de théâtre. Lieu aux activités éclectiques, le LMP a aujourd’hui plusieurs casquettes. On a pu en entendre parler ces derniers temps comme étant le repaire parisien des Femen. Mais c’est avant tout un lieu culturel dynamique, qui ouvre ses portes à la vie du quartier, et le seul théâtre de la Goutte d’or. Tour à tour salle de concert ou de spectacle, marché de Noël pour les artistes et artisans ou organisateur d’apéros-débats, il est le seul endroit en son genre du quartier. Deux espaces : la grande salle décrite par Zola à l’étage, et une salle de spectacle en bas.

[1] Extraits des Carnets d’enquêtes d’Emile Zola, « La Goutte d’Or 1875 ».

Sauvons le Lavoir moderne parisien !

L’entrée, assez bruyante, semble en pleine activité. Les gens achètent des tickets de manière un peu anarchique, nous sommes bien loin des salles guindées plus traditionnelles. Dans le fond, un petit bar où l’on peut boire aussi bien un ballon de rouge qu’un jus de gingembre, en restant debout ou en jouant des coudes pour se trouver un bout de table devant les quelques fauteuils confortables du milieu de la pièce. Le tout dans un décor industriel, des portes sur tous les murs d’où n’arrêtent pas d’entrer et sortir du personnel et des comédiens, laissant entrevoir des murs de briques délabrés, donnant envie de voir les coulisses, cachant peut-être encore le cuvier en cuivre… Et surtout : la grande porte en bois. On n’attend qu’une chose finalement, que ses lourds battants s’ouvrent pour nous laisser entrer dans la salle.

Sauvons le Lavoir moderne parisien !

A l’intérieur, pas de surprise, mais plutôt une joie confirmée : la salle est à l’image du lieu, poteaux en bois sur le devant de la scène et poutres au plafond, un mélange de briques et de plâtre sur les murs. La proximité avec les comédiens n’empêche pas une grande scène, et les coulisses se trouvant derrière les sièges créent deux petits espaces de jeu de part et d’autre des spectateurs, utilisés de manière souvent intéressante.

J’y ai vu deux pièces au décor très minimaliste, seulement des chaises ou quelques accessoires. Et c’était parfait. C’est la magie du lieu, qui se transforme et s’adapte à la pièce, car ça n’est pas un simple espace nu et blanc mais bien un décor de briques en soi, dont la surface irrégulière se module au gré de l’imagination – comme des nuages faisant apparaître les formes les plus folles aux esprits inventifs. S’il est trop tard pour vous recommander Avant la nuit de Constance Dedieu-Grasset, il ne l’est pas pour vous inciter à jeter un coup d’œil sur une programmation mettant les petites troupes à l’honneur.

Trop de lieux chargés d’histoire sont détruits au profit du réaménagement de l’espace et de constructions neuves. La critique n’est évidemment pas envers la construction de logements plus que nécessaires ou la réhabilitation de lieux en infrastructures indispensables aux habitants d’un quartier, mais préservons les lieux culturels, sans doute – bien que souvent non perçus comme tel – parmi les plus nécessaires. Et c’est au tour du Lavoir Moderne Parisien de passer à la casserole, racheté par une société immobilière. Si cela fait des années que le lieu est sur la sellette à cause d’un manque de fonds, cette fois semble être décisive. Depuis 1945, une loi donne le droit au ministre de la Culture d’empêcher la dénaturation d’une salle de spectacle. Malgré la pétition ayant circulé – devant réunir 20 000 signatures, elle en compte aujourd’hui 21 518 – pour qu’elle use de ce droit de préemption, Aurélie Filippetti ne semble pas décidée à agir.

Non seulement le Lavoir Moderne Parisien participe au développement de la vie culturelle d’un quartier trop longtemps délaissé, mais il fait partie de l’histoire de Paris et de son patrimoine. La réouverture du cinéma Louxor en juin dernier avait donné un souffle nouveau au carrefour de Barbès (à la limite de la Goutte d’Or), continuons les efforts dans cette voie-là. La marche à suivre est alors sans doute celle lancée par la pétition : « Protégeons le lavoir, occupons-le ! ». Fréquenter le lieu et marquer notre attachement à ses initiatives est certainement la meilleure arme à notre portée.

Lavoir Moderne Parisien

35 rue Léon 75018 Paris
M° Chateau rouge (L4)
ou Marcadet Poissonniers (L12)
Bus 31, 56, 60
Réservations : 01 42 52 09 14
ou resa@rueleon.net

Pour signer la pétition :

commentaires