Féérie sur pointe

par Alice Langlois 2 Janvier 2014, 10:00 Scènes

Féérie sur pointe

En ces temps de fêtes de fin d’année, on a envie d’un peu de magie, de rêve, de se laisser éblouir et de retomber un peu en enfance. Quoi de mieux pour cela que de se replonger dans le conte de Perrault « La Belle au Bois dormant » en allant voir la chorégraphie faite par Rudolph Noureev, sur une musique de Tchaikovsky, représentée en ce moment à l’opéra Bastille, à Paris?

Ce « ballet des ballets », comme l’appelait Noureev, propose 3 tableaux pour raconter le conte de Perrault: la naissance d’Aurore et le sort jeté par Carabosse, l’arrivée du Prince guidé par la fée des Lilas et enfin le mariage d’Aurore et du Prince. Une ligne narrative si simple pour une explosion de décors fastueux, de costumes luxueux, de mouvements de danse virtuoses, portés par deux rôles principaux d’une grande exigence technique. Dans la musique composée par Tchaikovsky au rythme enlevé et aux variations nombreuses, on retrouve notamment le thème musical de la Belle au Bois Dormant rendu célèbre par Walt Disney « Un jour mon Prince viendra… »

Pendant le premier tableau, les fées en tutus se succèdent au berceau de la princesse et rivalisent d’arabesques et de pirouettes alors que les figurants sur scène s’agitent dans leurs costumes à crinoline. Puis apparaissent la fée Carabosse et ses monstres qui viennent assombrir momentanément les dorures du décors. La fin de l’acte I est un passage à couper le souffle (de la danseuse étoile), où la princesse Aurore reste juchée sur sa pointe en arabesque-attitude (la jambe repliée en l’air derrière elle), alors que se succèdent les prétendants pour la faire tourner, comme une ballerine dans un coffre à bijoux. Lorsque la princesse finit par se piquer le doigt, comme l’avait prévu le mauvais sort, celle-ci ne s’écroule pas sur scène, non, non, mais vacille avec grâce sur ses pointes d’un bout à l’autre de la scène avant de venir se déposer entre les bras des figurants. Le rideau tombe sur cette première partie, et c’est tout le public qui est ensorcelé.

Le deuxième tableau s’ouvre sur une partie de chasse dans un décor de forêt enchantée. Arrive alors le Prince. Dans certains ballets, on peut déplorer que les rôles masculins ne servent qu’à cabrioler en groupe, ou porter les danseuses et les accompagner dans des pas de deux. Au contraire Rudolph Noureev, lui-même un immense danseur, a redoré le blason du danseur, et dans ses chorégraphies les hommes ne sont jamais laissés pour compte. Le solo du Prince dans cette deuxième partie demande au danseur qui l’exécute une vigueur et une précision parfaite pour accomplir tous les sauts, mais aussi une grâce et une vraie capacité d’interprétation pour réussir à enchanter le public alors qu'il est aussi longtemps seul en scène. Puis lui apparaît la Princesse dans un songe (le sien, le nôtre, on ne sait plus) et c’est un magnifique pas de deux qui en découle, encadré par 3 rangés de ballerines aux tutus recouverts de brillants. Là, le sentiment amoureux se traduit par une symbiose parfaite entre les danseurs, une harmonie et une légèreté des mouvements jusqu’au bout des doigts dans ce que Noureev appelait « l’accomplissement parfait de la danse symphonique ». Envoûtant.

La dernière partie, le mariage, qui débute par des danses baroques (type cour du Roi Soleil) très joliment exécutées malgré les longues robes, se prolonge sur une sorte de duel dansé ou les mariés rivalisent de prouesses techniques sans jamais laisser soupçonner la moindre difficulté (si vous comptiez vous marier bientôt, il y a mieux pour impressionner vos invités, que la chorégraphie de « Dirty Dancing »). Viennent ensuite les pas de deux et quatre des invités: les fées, l’Oiseau bleu, Cendrillon et même le Chat botté. A noter d’ailleurs, le pas de deux des chats: mignon, gracieux, drôle… et toujours aussi virtuose. Le ballet se finit par ce qu’on appelle une « apothéose ». Tous les danseurs en scène effectuent une chorégraphie magistrale: les hommes virevoltent, sauts de chat et sissonnes font briller les tutus des danseuses, les pointent montent haut, très haut, sur l’escalier symphonique tracé par l’orchestre. Le rideau tombe, était-ce un rêve?

S’il est trop tard pour cette année (le ballet se joue à l’Opéra Bastille jusqu’au 4 janvier), jetez vous (mais avec grâce) sur ce ballet la prochaine fois qu’il est dansé dans votre ville. Un moment tout simplement féérique.

commentaires

Julia 02/01/2014 19:10

Magique ! Le prince et ses sauts tout en puissance et légèreté m'ont bluffés ! Dans l'adaptation de Noureev je regrette cependant qu'on ne s'attarde pas plus sur les mauvais sorts de Carabosse ou le baiser qui réveille le royaume. Pour une dernière critique je dirais également que les tableaux sont assez inégaux, après un merveilleux premier acte, les deux derniers paraissent moins "ouvragés" (pour le second), moins orignaux (en ce qui concerne le dernier).
Mais ces aspects mis de côté, les costumes, décors et évidemment les danseurs nous happent dans un songe éveillé bercé par la magnifique musique de Tchaïkovski !

Anna 02/01/2014 14:03

Il n'est pas trop tard pour cette année!

Tous les jeunes de moins de 28 ans bénéficient d'un tarif réduit préférentiel sur les places de dernière minute encore disponibles aux guichets de l'Opéra national de Paris, au plus tard 30 minutes avant le lever de rideau : 20€ pour les ballets et les concerts symphoniques

32 places debout sont vendues aux prix de 5€ environ 1h30 avant chaque représentation à l’Opéra Bastille (bornes d’achat dans le hall de l’Opéra).