Van Gogh /Artaud. Le suicidé de la société

par Dominique Vernier-Lopin 1 Mai 2014, 10:00 Expos

Le Grand Palais a ouvert ses portes à l'exposition Van Gogh/Artaud, du 11 mars au 6 juillet 2014. Exposition organisée à partir du livre d'Antonin Artaud (1896-1948), "Le Suicidé de la société". L'exposition se déroule suivant des catégories énoncées par Artaud à travers une quarantaine de tableaux, des dessins et des lettres de Van Gogh ainsi que plusieurs œuvres graphiques du poète-dessinateur.

On peut trouver le texte d'Artaud chez Gallimard, dans les Oeuvres complètes.

Fin 1946, un psychiatre suggéra à Artaud d'écrire un livre sur Van Gogh, pensant qu'un artiste comme lui qui avait été interné 9 ans était bien placé pour comprendre le peintre. Artaud s'insurgeait alors contre l'idée alors répandue de la prétendue folie de Van Gogh : "Et c'est ainsi que Van Gogh est mort suicidé parce que c'est le concert de la conscience qui n'a plus pu le supporter".

Pour travailler, Artaud s'appuya sur le catalogue et 2 livres illustrés, sur les lettres de Vincent à son frère Théo. Il improvisa des passages, le tout fut relu par Paule Thévenin et parut fin 1947.

Artaud nous démontre que ce qui passe pour la folie aux yeux des hommes dits "normaux" est une porte vers l'harmonie et la paix et et que la"normalité" ne peut rendre compte de la beauté du monde, de ses souffrances. Ce regard décalé d'un artiste tel Artaud, poète-dessinateur maudit scrutant le monde du peintre Van Gogh nous apporte un éclairage nouveau sur une œuvre que l'on pensait connaître.

La peinture n'est pas une distraction pour Van Gogh, ses peintures donnent l'impression d'être vues de l'autre côté de la tombe "d'un monde où ses soleils en fin de compte auront été tout ce qui tourna et éclaira joyeusement".

La couleur de Van Gogh est une couleur frontale, directe : "l'unique scrupule de la touche sourdement et pathétiquement appliquée. La couleur roturière des choses, mais si juste, si amoureusement juste qu'il n'y a pas de pierres précieuses qui puissent atteindre à sa rareté".

L'exposition commence par la salle des autoportraits, saisissante, où l'on fait face à "cette figure de boucher roux qui nous, inspecte et nous épie, qui nous scrute d'un œil torve aussi ".

Custy. Vincent van Gogh (1853-1890) . Portrait de l’artiste, Saint-Rémy-de-Provence, août-septembre 1889. Huile sur toile, 57,79 x 44,5 cm Washington, The National Gallery of Art, Collection de M. et Mme John Hay Whitney | COURTESY NATIONAL GALLERY /NATIONAL GALLERY OF ART

Custy. Vincent van Gogh (1853-1890) . Portrait de l’artiste, Saint-Rémy-de-Provence, août-septembre 1889. Huile sur toile, 57,79 x 44,5 cm Washington, The National Gallery of Art, Collection de M. et Mme John Hay Whitney | COURTESY NATIONAL GALLERY /NATIONAL GALLERY OF ART

Antonin Artaud (1896-1948), Autoportrait, décembre 1947. Mine graphite sur papier, 64 x 50 cm , Paris, Centre Pompidou, Musée national d’Art Moderne / Centre de création industrielle, legs de Mme Paule Thévenin, 1994. | Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais /Philippe Migeat ADAGP, Paris 2014

Antonin Artaud (1896-1948), Autoportrait, décembre 1947. Mine graphite sur papier, 64 x 50 cm , Paris, Centre Pompidou, Musée national d’Art Moderne / Centre de création industrielle, legs de Mme Paule Thévenin, 1994. | Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais /Philippe Migeat ADAGP, Paris 2014

Une terrible sensibilité qui fait entrer Van Gogh en conflit avec Gauguin, incarné dans "Le Fauteuil de Gauguin" fait à Arles en 1888, rehaussé d'une couleur violette incongrue qui figure la ligne de démarcation entre les deux hommes. Et une toile figurant le docteur Gachet "l'envoûteur", celui qu' Artaud accuse d'être responsable du suicide Van Gogh.

Dans les autres salles, surgissent de magnifiques paysages, "Van Gogh peignait non pas des lignes et des formes mais des choses de la nature inerte comme en pleines convulsions", "Nul n'a jamais écrit ou peint, sculpté, modelé, construit inventé que pour sortir en fait de l'enfer" et le poète rend hommage aux "natures de ce convulsionnaire tranquille".

Puis vient dans l'exposition Artaud. Poète, décorateur de théâtre, acteur, dessinateur. Une série de photos montrent le visage d'un homme ravagé et habité. Sa pratique du dessin lui permit un processus d'auto-engendrement pour retrouver l'unité fondamentale du corps et de l'esprit détruit par la maladie et les électrochocs. "Je suis aussi comme le pauvre Van Gogh, je ne pense plus mais je dirige chaque jour de plus près de formidables ébullitions internes".

De magnifiques toiles en fin d'exposition :"La Chambre de Van Gogh à Arles" (1888) "occulte aussi sa chambre à coucher, si adorablement paysanne et semée comme d'une odeur à confire les blés qu'on voit frémir dans le paysage au moins derrière les fenêtres qui les cachent". Et le magnifique "Champ de blé aux corbeaux" (1890), aujourd'hui indisponible mais retransmis sur écran avec un texte lu par Alain Cuny, qui exprime toute la solitude du peintre.

Allez vite voir cette exposition, en sortant, vous aimerez vous plonger dans le livre d'Antonin Artaud …

Exposition Van Gogh / Artaud. Le suicidé de la société

Musée d'Orsay

1 rue de la Légion d'Honneur 75007 Paris

Jusqu'au 6 juillet

Vincent Van Gogh. Portrait de l’artiste au chevalet, décembre 1887 – février 1888 © Amsterdam, Van Gogh Museum (Fondation Vincent van Gogh), détail Man Ray. Antonin Artaud, 1926 © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Jacques Faujour © Man Ray Trust / ADAGP, Paris 2014, détail

Vincent Van Gogh. Portrait de l’artiste au chevalet, décembre 1887 – février 1888 © Amsterdam, Van Gogh Museum (Fondation Vincent van Gogh), détail Man Ray. Antonin Artaud, 1926 © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Jacques Faujour © Man Ray Trust / ADAGP, Paris 2014, détail

commentaires

Janine 02/05/2014 09:30

Bravo pour la mise en scène de l'article et le contenu sobre et intéressant de l'article.