Mémoire vives à La Fondation Cartier : mouvement perpétuel

par Elsa Vernier-Lopin 19 Juin 2014, 10:00 Expos

Vue de l’exposition Mémoires Vives, 10 mai – 21 septembre 2014, Fondation Cartier pour l’art contemporain, Paris.  Photo : Thomas Salva / Lumento

Vue de l’exposition Mémoires Vives, 10 mai – 21 septembre 2014, Fondation Cartier pour l’art contemporain, Paris. Photo : Thomas Salva / Lumento

La Fondation Cartier pour l’art contemporain fête ses 30 ans. Une occasion de revenir sur une histoire assez extraordinaire à travers des images d’archives, des vidéos d’artistes, des événements et des œuvres, présentées dans un « mouvement permanent » - les œuvres changent tous les mois - pendant presque un an.

Et tout ça à cause d’un rouleau compresseur…

En 1981, 4000 montres Cartier contrefaites sont saisies à Tijuana et rapatriées aux Etats-Unis. Un avocat en propriété intellectuelle, Jim Bykoff, a l’idée folle de faire écraser ces montres sur un parking de San Diego par un rouleau compresseur. Alain Dominique Perrin est présent. Son ami, le sculpteur César, l’emmène quelques temps plus tard à Jouy-en-Josas pour lui montrer une autre destruction de montres qui seront par la suite compressées par ses soins.

La découverte de ce lieu est essentielle. L’idée d’y installer une fondation fait son chemin dans l’esprit d’Alain Dominique Perrin, alors président de Cartier International. Cependant, à l’origine, il s’agissait d’une fondation pour la défense du droit des artistes. Mais le collectionneur réalise rapidement que les artistes ne veulent pas de cette aide et souhaitent plutôt un lieu pour exposer.

Après avoir réussi à convaincre la Maison Cartier de créer une fondation pour l’art contemporain, le lieu est inauguré, en 1984. Deux années plus tard, le ministre de la Culture commande à Alain Dominique Perrin un rapport sur le mécénat. La première loi sur le mécénat votée le 23 juillet 1987 en découlera. C’est l’acte de naissance officielle du mécénat français.

La Fondation Cartier accueille des artistes en résidence, français comme étrangers. Le design, une des passions de Perrin, est mis à l’honneur par des expositions mais aussi en faisant appel à des designers pour les scénographies comme André Putman pour l’exposition Hommage à Ferrari en 1987. A la question « Quoi ? Ferrari ? », Perrin répondait « Tu sais qui c’est Ferrari ? C’est le plus grand artiste du XXe siècle ! ».

Mémoire vives  à La Fondation Cartier : mouvement perpétuel

Le lieu vit aussi grâce à son dynamisme et sa pluridisciplinarité. En 1990, le concert du Velvet Underground, à l’occasion de l’exposition consacrée à Andy Warhol, est un moment fort de l’histoire de la Fondation Cartier. La vidéo de l’événement, présentée actuellement à la Fondation, est particulièrement émouvante. Présenté sur grand écran LED sur une proposition de David Lynch, ces images sont diffusées en pleine lumière du jour, jouant avec la transparence du lieu.

Vue de l’exposition Mémoires Vives, 10 mai – 21 septembre 2014, Fondation Cartier pour l’art contemporain, Paris.  Photo : Thomas Salva / Lumento

Vue de l’exposition Mémoires Vives, 10 mai – 21 septembre 2014, Fondation Cartier pour l’art contemporain, Paris. Photo : Thomas Salva / Lumento

En 1994, la Fondation déménage boulevard Raspail, à Paris. Le bâtiment de verre et d’acier, construit autour d’un cèdre du Liban planté par Chateaubriand, est commandé à Jean Nouvel. L’architecte parle de « trans-apparence » pour définir le lieu. Hans Ulrich Obrist, historien d’art, souligne la difficulté de créé un espace dédié à l’art contemporain puisqu’on ne peut savoir quel sera l’art du futur. Jean nouvel résout le problème en créant deux espaces différents ; celui du rez-de-chaussée, transformable et ouvert et celui du sous-sol qui peut devenir cinéma ou salle d’accrochage classique.

L’architecture devient un élément à part entière de l’institution. Les commissaires jouent avec le lieu, par exemple recouvert d’une bâche pour l’exposition By Night afin de recréer la nuit en 1996.

Mémoire vives  à La Fondation Cartier : mouvement perpétuel

La Fondation tire sa force de sa relation étroite avec les artistes. 800 œuvres ont été créées pour la Fondation. Mémoires vives (re)présente certaines de ces œuvres collectionnées depuis 1984 comme In Bed de Ron Mueck, artiste exposé à la Fondation en 2013, ou des œuvres de Chéri Samba exposé en 2004 ou de Moebius, exposé en 1999 (exposition collective Un monde réel) puis en 2010 .

Mémoire vives  à La Fondation Cartier : mouvement perpétuel
Mémoire vives  à La Fondation Cartier : mouvement perpétuel
Mémoire vives  à La Fondation Cartier : mouvement perpétuel

Hervé Chandès, directeur général de la Fondation Cartier pour l’art contemporain depuis 1994, parle d’une « collection d’expositions et de relations avec les artistes ». Il se qualifie, lui et son équipe, de « rencontreurs » et affirme ne pas hésiter à « aller contre son goût ». Ainsi, il a laissé Jean-Paul Gautier transformer la Fondation en boulangerie en proposant une collection de vêtements entièrement réalisés avec du pain en 2004.

Mémoire vives  à La Fondation Cartier : mouvement perpétuel

Ouverte le 10 mai, un nouvel accrochage de l’exposition-anniversaire est déjà proposé depuis le 10 juin. Selon un principe de mouvement perpétuel, certaines œuvres s’éclipsent pour laisser la place à un accrochage riche de surprises. Le sous-sol du bâtiment de Jean Nouvel, qui était habité par la présence sonore d’une œuvre de Dennis Oppenheim, se mue en un espace de silence et de contemplation : Proposition d’habitation par Absalon.

Mémoire vives  à La Fondation Cartier : mouvement perpétuelMémoire vives  à La Fondation Cartier : mouvement perpétuel

Une programmation très riche est à retrouver sur le site internet dédié aux 30 ans de la Fondation.

Notre coup de cœur : en septembre sera exposée une sphère de bronze de trois mètres de diamètre doré à la feuille, The Monument to Language, dans laquelle l’artiste James Lee Byars avait imaginé, en 1995, que quelqu’un pénètre et lise des textes de Roland Barthes. Patti Smith, Matthew Barney, Huang Yong Ping, Roger Penrose et Alain Connes seront invités par la Fondation pour créer un dialogue avec la sphère.

Mémoire vives  à La Fondation Cartier : mouvement perpétuel

Mémoire vives est le premier volet de cette année anniversaire qui se poursuivra jusqu’en mars 2015, d’autres surprises sont donc à attendre en octobre !

Mémoires vives

Fondation Cartier pour l'art contemporain

261 boulevard Raspail 75014

10 mai 21 septembre 2014

Laissez-passer : 20 euros

commentaires

Pauline @baignoirre pierre 25/06/2014 11:26

Je n'avais jamais entendu l'anecdote de la destruction des montres par un rouleau compresseur, j'aime beaucoup la symbolique. Je n'ai pour l'instant jamais été à la fondation Cartier mais quelque chose me dit que cela ne saurait tarder.