FIAC poétique

par Marie Ferey 27 Octobre 2014, 12:27 Galeries

L’année dernière nous avions pointé combien les galeristes de la FIAC 2013 avaient voulu voir grand, en mettre « plein les yeux » à un public averti ou non qui déambulait d’allées en allées.

Cette année fut plus intimiste. Les pièces proposées par les marchands ne cherchaient pas forcément à épater mais plutôt à toucher l’imaginaire des passants. Plus petites, plus discrètes, des œuvres d’art d’une grande qualité se sont côtoyées sous la verrière du Grand Palais pendant cinq jours. A la Dvir Gallery, par exemple, on abandonnait le bas relief de gomme grand format d’Adel Abdessemed (Travelling Players) pour un autre plus petit, au cadrage plus réduit mettant en scène la pendaison de Sadam Hussein (Missipi). Assurément les pièces monumentales n’étaient pas rejetées comme en témoigne l’énorme bloc de verre plein pesant cinq tonnes de Roni Horn chez Hauser & Wirth, ou encore l’autoportrait de Richard Jackson chez les Vallois.

Pourtant, malgré ces quelques pièces de grande taille, il se dégageait de cette 41e édition de la FIAC une certaine forme de poésie. La création artistique s’est presque systématiquement coordonnée avec son époque. Peut-être que galeristes et artistes, face aux temps complexes que nous sommes supposés traverser, ont voulu nous emmener vers des sphères lyriques qui touchaient notre sensibilité. D’ailleurs, n’est-ce pas ce que déclara Sheila Hicks, présentée en solo show à la galerie Franck Elbaz, dans une interview au Journal des Arts le 3 octobre 2014 : « Je cherche à faire quelque chose qui fasse rêver ». Cette grande dame de l’art contemporain qui travaille le textile a, je crois, bien résumé le contexte qui entoure les artistes ainsi que leur rôle : celui de, parfois, nous emmener loin.

Ainsi il était possible de se rendre sur des stands qui arboraient fièrement des artistes dont la démarche et le travail procuraient un certain envoûtement. La sculpture de Kader Attia chez Nagel Draxler (Contre nature, 2014) en est un bel exemple ; ces deux antilopes se faisant face avec une grâce tant dans la posture que dans le regard. D’ailleurs Attia a souvent évoqué sa démarche poétique pour évoquer un sujet politique.

Cultures are following the same animal #1, 2014, Kader Attia, galerie Nagel Draxier

Cultures are following the same animal #1, 2014, Kader Attia, galerie Nagel Draxier

De même, chez Templon, on pouvait admirer une œuvre de Chiharu Shiota qui enferme des objets dans des fils serrés pour ne pas les oublier (State of Being, Hands Puppets, 2013). Des poupées colorées étaient donc suspendues et notre regard devait dépasser l’entrelacement de ficelle noire pour les admirer et en un sens, entrer dans la mémoire de cette artiste japonaise.

Chiaru Shiota, Stage of being (chair), 2014, galerie Daniel Templon

Chiaru Shiota, Stage of being (chair), 2014, galerie Daniel Templon

Inutile de revenir que le stand de la Neugerriemschneider galerie consacré à Olafur Eliasson dont les journaux ont tant parlé, sauf pour évoquer une fois encore la beauté qui se dégageait de the New Planet, 2013 et de Dew Viewer, 2014 ; deux pièces dans lesquelles le spectateur plongeait jusqu’au vertige.

Olafur Eliasson, Dew viewer, 2014, galerie Neugerriemschneider, Berlin

Olafur Eliasson, Dew viewer, 2014, galerie Neugerriemschneider, Berlin

Enfin, comme l’année dernière, j’ai eu un coup de cœur. A la galerie Tilton était exposés les Mirrors du jeune Luca Dellaverson. Cet artiste new yorkais montrait une série de miroirs brisés sous le poids et la chaleur de la résine dans laquelle il les plonge. Il travaille avec subtilité la structure et la matière de ces objets du quotidien comme pour nous obliger à dépasser l’image que nous avons de nous même et par extension notre regard sur le monde. Ce coup de cœur fut partagé car la galerie a fait « sold out » dès le premier jour. Il ne serait pas étonnant de voir apparaître bientôt ce nom dans de grandes collections d’art contemporain reconnues…

Luca Dellaverson, Untitled, 2013. Epoxy resin and mirrored glass with wood support, galerie Tilton, New York

Luca Dellaverson, Untitled, 2013. Epoxy resin and mirrored glass with wood support, galerie Tilton, New York

Toute la difficulté pour le visiteur est de comprendre et d’accepter cette poésie malgré le monde, le bruit, et donc le caractère violent que recèle une foire d’art. Bien sûr que les galeristes en tant que marchands se doivent de flairer l’air du temps, et donc de savoir ce qui va être vendeur. Le rêve et le poétique sont donc devenus des atouts financiers, nous pourrions le regretter… Mais il me semble que j’ai préféré la poésie de cette année à la monumentalité tape à l’œil de l’année passée, même si cette poésie avait une valeur marchande plus que muséale.

Si vous avez raté la FIAC, à voir encore :

  • Hors les murs au Jardin des Plantes jusqu’au 24 novembre

  • Exposition David Almetdj au musée d’art moderne de la ville de Paris jusqu'au 1er février

  • Installation de Latifa Echakhch, Centre Georges Pompidou, jusqu’au 26 janvier

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