Roman Vishniac, photographe documentaire et humaniste

par Anna Lumbroso 5 Novembre 2014, 16:01 Expos Livres

Roman Vishniac, photographe documentaire et humaniste

Roman Vishniac est resté célèbre pour son travail documentaire sur la vie juive en Europe de l’est, avant la Shoah. Ses photographies uniques et bouleversantes témoignent d’un monde, à la veille de sa disparition. Réalisées entre 1935 et 1938 dans les villages et les ghettos de l’est, elles seront publiées en 1984 sous le titre Un monde disparu. Ce témoignage est le plus reproduit du monde juif d’avant-guerre, il a participé à la création d’une imagerie populaire comme l’ont fait les romans d’Isaac Bashevis Singer, prix Nobel de littérature.

Cette exposition souhaite aujourd’hui mettre en lumière l’ensemble du travail, totalement méconnu de ce photographe. Né dans une famille juive, en Russie, en 1897, il émigre à Berlin dans les années 1920. Photographe moderniste, il se forme au sein de l’avant-garde de Weimar. Ses premiers clichés témoignent de la quintessence de la ville moderne. On découvre un Berlin baigné de lumière. Il travaille avec un Rolleilflex et un Leica et capture l’animation quotidienne des scènes de rue.

Roman Vishniac, photographe documentaire et humaniste

Dès 1933, le photographe témoigne de la progression des mesures discriminatoires dans l’Allemagne du Troisième Reich. En dépit de l’interdiction pour les juifs d’exercer la photographie, il livre des clichés poignants des chemises noires paradant dans les rues, des drapeaux nazis, et des enseignes antisémites qui s’imposent dans les rues de Berlin. Pour ne pas éveiller les soupçons, il se promène avec sa fille Mara, âgée de sept ans, prétextant de la prendre en photo. Ce cliché glaçant montre la jeune fille devant une publicité démontrant la supériorité des crânes aryens sur crânes juifs.

Roman Vishniac, photographe documentaire et humaniste

En 1935, Vishniac est chargé par le Joint, la plus grande organisation juive d’entraide, de photographier les populations juives des campagnes reculées de l’Europe de l’est. Cette série, annotée en yiddish par le photographe, fait de lui l’un des plus grands photodocumentaristes humanistes de son temps. Il reçoit de nombreuses commandes, utilisées par ces organisations pour illustrer leur conférences et faire appel à la générosité des nations. Il réalise également un travail fascinant sur les nouveaux mouvements sionistes à travers l’Europe. On y trouve une image idéalisée de ces pionniers héroïques. Une mise en scène, très intelligente des clichés publiés et des négatifs jamais tirés permet de comprendre la place de la propagande dans les publications du photographe.

Roman Vishniac, photographe documentaire et humaniste

En 1940, après avoir été interné en France, il réussit à partir avec sa famille pour New York. Il devient portraitiste et photographie de nombreuses célébrités du milieu des juifs émigrés. En 1947, il revient à Berlin et livre un portrait émouvant de cette ville en ruines.

Formé en Russie à la biologie, il se passionnera jusqu’à la fin de sa vie pour la photomicroscopie. Il est reconnu comme un pionnier dans le domaine. La dernière salle de l’exposition, plongée dans le noir, présente ces photographies lumineuses et colorées du monde végétal et animal, vu au travers d’un microscope. Les tirages sont fascinants et redorent le blason de la photographie scientifique !

Encore une fois, le MAHJ présente une exposition de grande qualité et un travail de recherche sérieux. Cette réévaluation de l’intégralité de la production du photographe a été élaborée grâce au travail de Maya Benton, spécialiste de l’artiste et des dons et témoignages de Mara Vishniac Kohn, sa fille.

Roman Vishniac, photographe documentaire et humaniste

Je vous conseille également vivement, le Photopoche Roman Vishniac, publié chez Actes Sud. La présentation synthétique et complète de Maya Benton introduit les belles reproductions des œuvres de l’artiste.

Prix : 13 euros

Roman Vishniac

De Berlin à New York, 1920-1975

Musée d'art et d'histoire du judaïsme

Du 17 Septembre au 25 Janvier 2015

Tarif: 7 euros / réduit: 4,50 euros

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