Rencontre d'un jeune duo de commissaires d'art vidéo

par Marcel & Simone 14 Janvier 2015, 13:39 Expos Ciné Rencontres

Marcel & Simone a rencontré le très sympathique et passionné duo de commissaires Antoine Scalese et Matylda Taszycka. Ils ont créé Atomic Pictures par amour de l'art vidéo. Un amour qu'ils entendent bien partager lors de projections dans des lieux atypiques.

Mais qu'est-ce que c'est des commissaires d'art vidéo?

Ils nous disent tout :

Qu'est-ce qu'Atomic Pictures?

Matylda: Atomic Pictures est un projet qui nous a réunis avec Antoine dans l’idée de questionner le statut de l’image aujourd’hui en étudiant le langage du film d’artiste. Nous avons pensé notre collaboration comme un studio imaginaire qui présenterait des pièces in situ, le temps d’une projection, et sur le web, sous forme d’expositions temporaires.

Qu'est ce qui vous a donné envie d'organiser de tels évènements?

Matylda: Nous nous sommes rencontrés durant nos études et nous avons décidé d’allier nos spécialités, le film pour Antoine et l’art contemporain pour ma part.

Antoine: Nous nous sommes tous les deux entendus sur ce genre qu’est le film d’artiste et nous y confrontons notre vision et notre vocabulaire. L’idée de ce commissariat vient aussi du fait que nous pensions que, dans certains cas, l’exposition ne constitue pas le format le plus adapté au médium du film car elle s'adresse à des visiteurs mobiles. Souvent, il y a beaucoup de choses à voir et on juge des pièces en un seul coup d'œil. Alors que le film d’artiste nécessite parfois de prendre son temps, une projection semble donner au spectateur des clés de compréhension plus justes.

Matylda: C’est pourquoi nous envisageons nos projections comme des modules d’exposition. Elles s’articulent sous des axes problématiques toujours différents. Cela nous permet aussi de discipliner notre excitation à découvrir de nouvelles pièces et de nouveaux artistes.

Rencontre d'un jeune duo de commissaires d'art vidéo
Qu’est-ce qui vous a inspiré un tel projet ?

Antoine: Ce type de manifestations existe déjà et a toujours existé en marge des circuits institutionnels et des festivals. Ce qui nous intéressait avec Atomic, c’est la possibilité de marquer le temps de la projection comme un vrai événement et de donner des rendez-vous dans des lieux différents, pour imiter une caractéristique sociologique propre à la pratique de la cinéphilie. Lors d’un séjour à Los Angeles, j’ai assisté à beaucoup de soirées de ce type. Elles réunissaient un public très éclectique d’artistes, d’étudiants, de professionnels de musées. Tout se passait dans une ambiance presque transgressive, et j’étais frappé par la liberté de ton que prenaient les discussions à la fin des séances. On s’est dit qu’il serait intéressant de réveiller ce genre d’ambiances, d’inviter un public à s’asseoir, regarder différents films et en parler ensuite dans un climat convivial. Et derrière cela, défendre un point de vue raisonné sur l’état contemporain de l’image

Comment sélectionnez-vous les vidéos?

Matylda: À partir d’artistes que l’on connaît et de ceux que l’on a rencontrés hors de Paris (i.e. Matylda a une connaissance pointue de la jeune scène polonaise et britannique, et Antoine de la scène californienne). Nous allons également à la recherche des publications d’expositions sur les sites Internet de centres d’art qui font partie de nos références, on regarde les listes d’artistes et on explore leur compte Vimeo, jusqu’à ce que notre intuition nous mette d’accord sur une pièce. Nos idées et nos questionnements naissent de la rencontre des œuvres qu’on connaît et de celles qu’on découvre sur Internet.

Antoine: Ce travail prospectif est motivé par notre curiosité personnelle, et par notre point de vue sur notre rapport à l’image aujourd’hui : face à tout ce qui se diffuse sur Internet, le pire peut parfois amener à d’étonnantes surprises. Nous aimons qualifier cet état de l’image d’atomique et nous nous sommes donnés comme rôle d’organiser les idées et donner du sens à des images parfois obscures. Nous proposons des artistes et des pièces qui pour nous portent un potentiel à devenir des références.

John Lawrence, The Olympus test, 2013 Courtesy de l’artiste

John Lawrence, The Olympus test, 2013 Courtesy de l’artiste

A-t-il été facile de contacter les artistes? Sont-ils avenants face à un tel projet?

Antoine : Les rapports avec les artistes sont tous différents, c’est certain que c’est pour nous très excitant de montrer le travail d’un artiste qui nous est proche et que nous connaissons personnellement. Le challenge de montrer un artiste que nous n’avons jamais rencontré autrement que sur Skype est encore plus fort. Jusque là, nous n’avons jamais connu de refus de la part d’artistes que nous ne connaissions pas.

Matylda : Cette façon de travailler nous semble très représentative de l’époque dans laquelle nous vivons. Le travail de jeunes artistes est aujourd’hui plus accessible qu’il ne l'a jamais été auparavant, mais il se perd aussi dans la masse de newsletters, de sites Internet et de comptes Vimeo mis à notre disposition. C’est passionnant de se confronter à cette dispersion atomique en tant que commissaire. Nous affectionnons particulièrement nos discussions sur Skype. En effet, Internet permet d’échanger avec les artistes du monde entier, d’aller plus loin, au sens géographique, mais aussi artistique…

Benedict Drew,The Concha Institute, 2013 Courtesy de l’artiste

Benedict Drew,The Concha Institute, 2013 Courtesy de l’artiste

Comment sélectionnez-vous les lieux de projection? 

Matylda: Pour le moment nous ne sélectionnons pas, nous proposons nos programmes à différents types d’espaces. En fonction de leur accord, de leur nature et de leur actualité, nous aimons aussi adapter nos idées. Par exemple, la galerie See Studio a accueilli notre première projection alors qu’elle présentait l’exposition personnelle de Jean-Baptiste Lenglet, jeune artiste dont nous avions déjà l’envie de présenter l’un des films. Ainsi, nous avons pu proposer un programme en dialogue avec son exposition. Concevoir un événement culturel pertinent, en somme.

Envisagez-vous un jour d'organiser une soirée Atomic Pictures dans une grande institution culturelle?

Antoine: Ce serait génial, oui, de faire voyager Atomic Pictures d’une galerie, à une salle de concert, en passant par une institution. L’itinérance de notre projet doit être à l’image de cette répartition atomique de l’image sur Internet aujourd’hui.

Où et quand se déroule la prochaine?

Matylda: Nous allons prochainement lancer deux invitations à notre public, la prochaine sera le 6 février au Shakirail, un espace de création doté d’une salle de projection magique dans le Nord de Paris. Nous avons également une date en avril à l’Espace B.

Si on rate cet évènement (ce qui serait bien dommage), peut-on voir ces vidéos en ligne?

Antoine: Absolument. Et c’est là tout l’enjeu de notre projet. D’un côté, nous apportons une visibilité tangible lors de la projection, et puis nous mettons en ligne les films sélectionnés sur une durée de trois semaines. Cela prolonge la réflexion autour de la diffusion du film d’artistes.

Matylda: Des chaînes spécialisées dans ce format de film commencent à se développer petit à petit sur Internet, Vdrome en est déjà un exemple abouti. Notre site permet alors d’enregistrer nos idées, les partager, et peut-être à long terme, devenir une plateforme d’échanges destinés aux acteurs de la création, tous secteur confondu.

Antoine: Du 13 janvier au 3 février, notre second programme sera visible sur atomicpictures.fr. Celui-ci questionne la notion de saturation visuelle avec des films réalisés sans caméra et uniquement à partir de logiciels de post-production.

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