Jeanne Lanvin ou l’élégance à la française

par Anna Lumbroso 18 Mars 2015, 12:00 Expos

Le Palais Galliera célèbre cette année la créatrice de mode Jeanne Lanvin. Robes élégantes et maison de style, l'exposition retrace l'histoire de l'élégance Lanvin.

© Pierre Antoine

© Pierre Antoine

Une histoire de couture

La maison Lanvin est la plus vieille maison de couture française encore en activité. Elle fut créée par une jeune modiste en 1889 : Jeanne Lanvin. Elle avait 23 ans. Elle se distingue, à Paris, en proposant une mode de l’enfant. Ses clientes fortunées, françaises mais aussi étrangères lui permettent de s’installer, en 1893, rue du Faubourg Saint Honoré, parmi les grands de la capitale. Jeanne Lanvin, grande dame de la haute couture met en place au début du siècle, les départements qui constituent aujourd’hui une grande maison. Lanvin, c’est un style de vie. Le département mode ne suffit pas. On y trouve l’enfant, l’homme, la haute couture, les chapeaux mais également la décoration. Jeanne supervise tous les secteurs de la maison, des ateliers de dessin aux ateliers de broderies.

Jeanne Lanvin par Laure Albin Guillot

Jeanne Lanvin par Laure Albin Guillot

La femme Lanvin

Olivier Saillard, le conservateur du Palais Galliera nous parle de la place de Lanvin dans l’histoire de la mode. Jeanne Lanvin a créé une robe au service de la femme. Au début du siècle, la mode est à la silhouette colonne. La créatrice la déstructure en travaillant sur les volumes, en particulier sur les épaules et les manches. Pour casser cette forme tubulaire, elle cintre ses robes à la ceinture. Le résultat est élégant et géométrique. Elle travaille sur les matières, la transparence. La touche Lanvin, c’est la broderie. Comme des bijoux, strass et surpiqûres habillent ses vêtements. Ces robes sont simples et élégantes.

© Katerina Jebb et © Pierre Antoine
© Katerina Jebb et © Pierre Antoine

© Katerina Jebb et © Pierre Antoine

Jeanne et Marguerite

La première collection mère et fille, c’est elle. Lanvin ouvre un département enfant, ce qui est rare à l’époque. Sa fille Marguerite est sa muse, elle l’inspirera tout au long de sa vie. Lorsque Marguerite grandit, Lanvin compose un parfum, Arpège, lorsqu’elle est en âge de sortir danser, une toilette du soir et pour son mariage, la maison se met aux robes de mariées. Le logo de la maison représente la silhouette d’une mère et de sa fille. Il a été dessiné par Paul Ribe d’après une photographie de Jeanne et de Marguerite. Éternelle muse, elle inspire et fait évoluer cette maison.

Jeanne Lanvin ou l’élégance à la française

Inspirations

Jeanne réussit à créer des vêtements à la mode, en respectant les codes de son époque tout en ajoutant sa touche personnelle. Dans les années 20, comme toute maison de mode, l’exotisme inspire les collections. Jeanne dessine et colle, dans ses carnets, des motifs ethniques et des tissus venus d’ailleurs. Son travail est également imprégné à cette époque d’influences religieuses et médiévales. Toges et motifs liturgiques et titres inspirés de la Légende dorée, ces créations nous invitent dans un univers mystique. Dans les années 30, la géométrie est à l’honneur. Noir et blanc s’emboîtent pour créer des formes abstraites. Le décor byzantin et les motifs art déco viennent apporter leur touche de fantaisie. En Italie, elle recherche la couleur et trouve le bleu. Avant le bleu Klein, Jeanne compose le bleu Lanvin. Le plasticien s’inspire des œuvres de Giotto, la créatrice de Fra Angelico. Les italiens donnent aux artistes français leurs couleurs.

© Pierre Antoine

© Pierre Antoine

La robe de style

Peu à peu, Jeanne Lanvin abandonne la forme tubulaire pour des bustes affinés, héritiers du 18ème siècle et des jupes amples. La robe de style, marque de fabrique de la maison est destinée aux Garden-parties et autres cocktails. Sa taille est fine et sa jupe bouffante. Elle est romantique et vaporeuse. Les créations des jeunes filles s’assortissent à celles des mères.


Quand au nom de Lavin, il était lié, pour moi, au souvenir des jeunes filles en robes de style, avec lesquelles j’avais dansé mes premiers fox-trots, charlestons et shimmys. Dans les bals, elles étaient toujours les mieux habillés

Christian Dior, Je suis couturier, Paris, éditions du Conquistador, 1951

Colombine, 1924-25, © Katerina Jebb

Colombine, 1924-25, © Katerina Jebb

Les ornements rehaussent la sobriété de ses robes du soir. En 1925, à l’exposition internationale des arts décoratifs, les robes bijoux de Jeanne Lanvin sont présentées comme de véritables chefs d’œuvres d’artisanat et de joaillerie.

Lesbos, dessin, 1925, © Patrimoine Lanvi

Lesbos, dessin, 1925, © Patrimoine Lanvi

Alber Elbaz rend hommage à Madame

L’exposition a été conçue en collaboration avec la Maison Lanvin. Olivier Saillard a laissé le commissariat et la mise en scène au directeur artistique de Lanvin, Alber Elbaz. Les créations présentées sont issues des réserves du Palais Galliera et de la maison Lanvin. Elbaz présente ce parcours comme un défilé de « belles endormies ». Il y a peu d’informations textuelles, c’est élégant. Ne sont exposées que les robes de Jeanne, aucun dialogue entre les époques, aucune création d’Elbaz, simplement un hommage à « Madame ».

Jeanne a donné ses lettres de noblesse à l’élégance de la mode parisienne. Ses créations sont belles et féériques. Le souhait d’Alber Elbaz est d’entendre les visiteurs dire « I love Jeanne Lanvin ». Un pari gagné.

Jeanne Lanvin ou l’élégance à la française

Jeanne Lanvin

8 Mars-23 Août

Palais Galliera

10 Avenue Pierre 1er de Serbie

75116 Paris

Tarif: 9 euors / réduit: 6 euros / gratuit pour les moins de 18 ans

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