Comment Chimamanda Ngozi Adichie est devenue noire

par Anna Lumbroso 14 Avril 2015, 12:17 Livres

Selon Adichie, si Michelle Obama avait gardé ses cheveux crépus au naturel, elle aurait eu un super look mais Barack Obama n’aurait sûrement pas gagné les élections.

Comment Chimamanda Ngozi Adichie est devenue noire

Le périple d’une femme noire aux Etats Unis

Ifemelu, jeune nigérienne privilégiée quitte son pays natal pour finir ses études aux Etats Unis. Elle ne fuit pas la guerre, seulement une vie étriquée et sans choix mais elle abandonne son grand amour, Obinze. Comment s’adapter aux Etats Unis? Ifemelu créée un blog «Observations diverses sur les noirs américains par une noire non-américaine ». Le récit est parsemé des ses posts pleins d’humour. “C’est en arrivant en Amérique que je me suis sentie noire”. Ifemelu se découvre, outre-Atlantique, à la fois femme et noire. Le roman raconte sa quête d’authenticité africaine parmi les noirs américains.

Comment Chimamanda Ngozi Adichie est devenue noire

Chimamanda Ngozi Adichi, nouvelle auteure à succès

Americanah est le troisième roman de Chimamanda Ngozi Adichie. Cette auteure-star aux Etats Unis et en Angleterre a déjà été traduite en 25 langues. Son dernier roman, publié en 2013, vient tout juste d’être traduit en français. Avec Americanah, Adichie poursuit son analyse des classes moyennes au Nigéria et son regard critique sur la place de la femme dans la société. À 37 ans, elle est un écrivain confirmé, mais également une féministe engagée. Elle s’est récemment illustrée lors de conférences et d’interview où elle revendique les droits de la femme. Et puis, il y a eu Queen B… Dans sa chanson Fawless, Beyoncé sample un extrait de l’allocution prononcée par Adichie au TEDxEuston, en Décembre 2012, Nous sommes tous féministes. Le discours est publié chez Folio et je vous le conseille vivement. Voilà, la belle et talentueuse nigérienne est à présent dans tous les journaux du New York Times à Vogue.

De l'initiation aux races

Le roman s’ouvre sur la décision d’Ifemelu de retourner vivre au Nigéria après quinze en Amérique. Est-elle devenue une “Américanah”? Plus jeune, elle se moquait de ces personnes, revenues des Etats Unis au pays, qui se vantaient de leurs nouvelles coutumes et prenaient un air supérieur. Adichie nous raconte l’exil, les rêves d’Occident et les déceptions. Elle passe d’un personnage à l’autre: Ifemelu sur le sol américain et Obinze en Angleterre: leur arrivée, la pauvreté, les magouilles pour trouver un numéro de sécurité sociale et travailler honnêtement. La première s’épanouit peu à peu, elle “date” des adorables petits amis blancs, fascinés par son caractère mais qui ne la comprennent pas vraiment. Elle connaît un grand succès grâce à son blog. Obinze lui essuie les échecs, ne s’intègre pas et repart au Nigéria où une carrière l’attend enfin. Elle jongle admirablement entre ces deux personnages et parvient à donner une vision différente de leurs expériences.

Le personnage d’Ifemelu est centré sur sa quête de personnalité parmi les autres noirs, les natifs américains. Elle revendique son accent, refuse de se lisser les cheveux. Au Salon de coiffure, elle agit comme une anthropologue, observe les américaines, les africaines, leurs dialectes, leurs modes de vie. Elle considère « Les cheveux comme métaphore de la race » et revendique ses cheveux crépus. Elle critique, s’insurge et relate tout sur son blog. Elle porte un regard tranché sur la prédominance raciale aux Etats Unis mais aussi sur la condition de la femme. Ses propos sont parfois arrogants, celle d’une intello bobo et ses posts incisifs:

«Le racisme n’aurait jamais dû naître, par conséquent n’espérez pas recevoir une médaille pour l’avoir réduit.»

Si ce personnage peut décontenancer, on comprend vite qu’il n’est pas totalement autobiographique. L’auteure nuance ce ton vindicatif avec le récit d’Obinze, des réflexions plus subtiles sur la question raciale. S’immisce également une critique de la classe moyenne nigérienne, corrompue et consumériste, qui vit à l’écart du reste du peuple sur un modèle occidental. On peut critiquer le regard d’Ifemelu sur la société qui paraît quelque peu simpliciste. L’histoire d’amour entre les deux jeunes gens est en réalité le moteur réjouissant du roman.

Retenez le nom de Chimamanda Ngozi Adichie, l’auteure à suivre absolument! Avec ce troisième roman, elle annonce une oeuvre riche et singulière, tout aussi nigérienne qu’américaine. Le succès d’Americanah est tel qu’une adaptation a été annoncée, produite par Brad Pitt avec l’osacarisée Lupita Nyong’o.

Chimamanda Ngozi Adichie

Americanah

Trad. de l'anglais (Nigeria) par Anne Damour

Collection Du monde entier, Gallimard

Parution : 01-01-2015

528 pages

Prix: 24,50 euros

Nous sommes tous des féministes

suivi de Les marieuses

[We Should All Be Feminists]

Trad. de l'anglais (Nigeria) par Mona de Pracontal et Sylvie Schneiter

La nouvelle «Les marieuses» est extraite du recueil Autour de ton cou

Collection Folio 2€ (n° 5935), Gallimard

Parution : 26-02-2015

commentaires

femmesdelettres 25/10/2016 17:00

Merci de cette recension croisée de ses deux oeuvres les plus lues ! Ma recension d'Americanah ici https://femmesdelettres.wordpress.com/2016/10/23/chimamanda-ngozi-adichie-americanah-aout-2016-2013/

Marcel & Simone 17/11/2016 11:56

Merci! Très bel article de votre côté aussi!