Paris, une capitale pour l'empereur

par François Legay 12 Avril 2015, 13:58 Expos

Arcole, Iéna, Austerlitz, l’Autriche, la Pologne, la Russie, Moscou en flammes, l’île d’Elbe, le débarquement de Golfe Juan, Waterloo, Sainte-Hélène, quand on s’amuse à passer en revue la période de l’Empire comme jadis nos aïeuls s’offraient un rab de vacances en se projetant des diapos des curiosités touristiques de la Baule-les-Pins, on en arrive vite, pour peu qu’on soit un tantinet observateur, à s’exclamer : « Fichtre de fichtre ! Le Bonaparte, là, à force de traîner ses bottes et sa mèche en pointe de tous les côtés de l’Europe, et même pis, il n’a pas dû s’occuper beaucoup de Paname. Si ça trouve il s’en carrait même l’oignon à un point tel que si le père Gustave (Eiffel le bien nommé) s’était pointé cent ans plus tôt qu’il ne le fit pour lui dire :
- J’ai une idée de tour.
Peut-être que le gars Léon (Napo pour les intimes) lui aurait rétorqué :
- Et ta sœur ? Elle a des idées de quoi ? ».
(Je tiens immédiatement à m’excuser pour la vulgarité de mes propos. Mais partant du principe qu’il s’agit du témoignage d’une constatation qui m’est propre, j’ai préféré, par souci d’authenticité et d’honnêteté, vous le fournir avec le vocabulaire qui est le mien).


Comme quoi on connaît mal l’Histoire et la période qui va disons de 1800 à 1815 (pour faire un compte juste) car sinon on ne se méprendrait pas sur le fait que la ville de Napoléon Bonaparte, la cité de l’Empire, la capitale de l’Empereur, fut belle et bien Paris !

Robert Lefèvre (1755- 1830),  Portrait de Napoléon Ier  (1769-1821), en uniforme de  colonel des chasseurs à  cheval de la Garde, 1809,  commandé par la Ville pour  l’Hôtel de Ville.  Huile sur toile 226 x 157 cm.  © Stéphane Piera / Musée  Carnavalet / Roger-Viollet

Robert Lefèvre (1755- 1830), Portrait de Napoléon Ier (1769-1821), en uniforme de colonel des chasseurs à cheval de la Garde, 1809, commandé par la Ville pour l’Hôtel de Ville. Huile sur toile 226 x 157 cm. © Stéphane Piera / Musée Carnavalet / Roger-Viollet

Pour preuve ces quelques infos :
_ Napoléon fut sacré Empereur à Paris alors que les rois étaient sacrés à Reims.
_ Chaque victoire était fêtée avec les Parisiens par un défilé de troupes et ce alors que Napoléon était encore en campagne.

Nicolas-Antoine Taunay  (1755-1830),  Entrée de la Grande Armée à  Paris par la barrière de  Pantin, 25 novembre 1807.  Huile sur toile 157,5 x 223 cm. Château de Versailles.  © RMN-Grand Palais  (Château de Versailles) /  Franck Raux

Nicolas-Antoine Taunay (1755-1830), Entrée de la Grande Armée à Paris par la barrière de Pantin, 25 novembre 1807. Huile sur toile 157,5 x 223 cm. Château de Versailles. © RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Franck Raux

_ Chaque événement important dans la vie de l’Empereur (mariage, naissance, baptême) était partagé avec les Parisiens par des feux d’artifice et la gratuité des théâtres.
_ La numérotation des rues de Paris telle que nous la connaissons aujourd’hui a été conçue par l’Empereur lui-même.
_ Le canal de l’Ourcq, les ponts avec armatures en fonte plutôt qu’en bois (le Pont des Arts notamment), la colonne Vendôme, les arcades de la rue de Rivoli, la rénovation des Tuileries, c’est Napoléon.
_ La ville que les Alliés doivent prendre pour vaincre l’Empire c’est Paris.


Quand on sait tout ça (plus le reste car je ne vous dis pas tout) on comprend aisément qu’à l’occasion des 200 ans de la fin du règne de celui que les médias de l’époque auraient pu surnommé « l’hyper Empereur », le musée Carnavalet, qui est le musée de la ville de Paris, nous présente une exposition très complète et très claire (alléluia) intitulée : Napoléon et Paris: rêves d’une capitale.


C’est un parcours en cinq étapes qui nous est proposé mais tout le long duquel nous ne sortons pas de la capitale.
La chronique parisienne de Napoléon nous place d’emblée dans le vif du sujet puisque cette partie nous montre à quel point Napoléon et Paris sont liés : Sacre, mariage, naissance, mais aussi tentative d’assassinat (l’attentat de la rue Saint-Nicaise en 1800), de putsch, et finalement abdication après la déroute de Waterloo.
Napoléon et l’administration de la cité prouve à quel point l’Empereur avait conscience que pour tenir la France et le régime il faut d’abord tenir Paris. Il tue le contre-pouvoir en plaçant les institutions municipales sous tutelle et renforce la puissance policière par la nomination de deux préfets (préfet de la Seine et préfet de police) de manière à mieux surveiller les dissidents mais aussi pour pouvoir connaître et contrôler l’opinion publique. Les élites sont favorisées avec la création de lycées pour les jeunes et l’obtention de la légion d’honneur pour… les moins jeunes. Musées, bibliothèques, tout est sous contrôle.
La troisième escale, La cour de Napoléon aux Tuileries, est assez distrayante puisqu’elle nous permet de constater que onze ans après la prise de la Bastille, la monarchie, si elle a égaré quelques têtes en cours de route, n’a en revanche rien perdu de son faste, de son luxe et qu’elle résiste toujours à l’envahisseur. Simplement elle s’appelle autrement. Elle s’appelle l’Empire. Comme de nos jours elle s’appelle… enfin passons.

Alexandre Benoît Jean  Dufay, Casanova (dit),  Festin du mariage de  Napoléon 1er

Alexandre Benoît Jean Dufay, Casanova (dit), Festin du mariage de Napoléon 1er

La ville rêvée de Napoléon termine de nous convaincre de l’ambition de l’Empereur pour « sa » capitale avec les érections d’édifices et de monuments prestigieux (inspirés de l’Antiquité comme la Colonne Trajane pour la Colonne Vendôme, l’Arc de Septime Sévère pour l’Arc de triomphe du Carrousel, l’église de la Madeleine, le Palais Brongniart) ou fonctionnels (fontaines, quais, marchés, abattoirs). Sans parler des projets qui ne verront jamais le jour comme l’impressionnante Fontaine éléphant qui aurait dû s’installer Place de la Bastille.
La légende Napoléonienne à Paris conclut la visite mais pas l’histoire de Napoléon et de la Ville Lumière qui a perduré bien après la disparition de l’Empereur puisque outre le retour de sa dépouille en 1840, il y aura, et a toujours aujourd’hui, bon nombre de référence à l’Empire dans la capitale, ne serait-ce que par le nom de certaines rues.

Etienne Bouhot (1780- 1862),  La place Vendôme et la rue  de Castiglione avec les  ruines de l’église des  Feuillants, 1808.  Huile sur toile 81 x 99 cm.  © Stéphane Piera / Musée  Carnavalet / Roger-Viollet

Etienne Bouhot (1780- 1862), La place Vendôme et la rue de Castiglione avec les ruines de l’église des Feuillants, 1808. Huile sur toile 81 x 99 cm. © Stéphane Piera / Musée Carnavalet / Roger-Viollet

L’exposition Napoléon et Paris : rêves d’une capitale se tient au musée Carnavalet jusqu’au 30 août 2015.


Musée Carnavalet
Histoire de Paris.
16, rue des Francs-Bourgeois
75003 Paris.




Ouverture du mardi au dimanche de 10h à 18h.
Fermeture les lundis et jours fériés.


Tarifs de l’exposition :
Plein tarif : 9 euros.
Tarif réduit : 6 euros.

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