La Tête Haute : force documentaire, maladresse romanesque

par Alice Carlos 27 Mai 2015, 14:57 Ciné

C'est la fin du festival de Cannes et donc l'occasion pour nous de revenir sur le film qui a ouvert les festivités : La Tête Haute, le mélodrame social d'Emmanuelle Bercot. La scénariste de Polisse s'empare d'un sujet délicat (et à la mode) et retrace le parcours du combattant de Malony, un mineur violent et sauvage qui se débat entre des foyers, la prison et le bureau de la juge. Le film est maîtrisé, fort et plein d'espoir mais délaisse le côté social pour un romanesque qui va beaucoup moins bien à la réalisatrice …

La Tête Haute : force documentaire, maladresse romanesque

La force du film réside tout d'abord dans son aspect documentaire. La Tête Haute nous plonge dans l'enfer quotidien d'un mineur en apparence incapable de s'adapter, qui ne sait pas d'où lui vient cette colère ardente, si difficile à apaiser. Les séquences dans les foyers sont les plus maîtrisées. La réalisatrice nous enferme dans le processus épuisant qu'appliquent les éducateurs, dont la mission est d'offrir une chance de rédemption à ces jeunes. Bercot filme les coups qui s'échappent du sang bouillant des mineurs, elle filme leurs insultes, leurs débats, leurs rires. Le tout avec une justesse bouleversante, qui oscille sans cesse entre espoirs et désespoirs. Le côté documentaire de La Tête Haute s'épanouit aussi dans le suivi du dossier de Malony. Les dialogues sont très précis, le vocabulaire juridique n'est pas changé pour faciliter la compréhension, au contraire, tout est mis en place pour ne pas rompre avec le réalisme initialement souhaité.

La Tête Haute : force documentaire, maladresse romanesque

Le réalisme du film résiste aussi, pendant un moment, grâce à la prestation de ses acteurs. Le jeune Rod Paradot, animal indomptable et véritable tornade du film, s'épuise face à la caméra dans des excès de violence à la brutalité impressionnante. Les autres comédiens lui tiennent tête et réagissent à cette animosité à leur façon. Benoît Magimel passe de la compassion à la menace, Sara Forestier joue les faibles et le visage de Catherine Deneuve incarne à la perfection l'espoir qui se fane.

Et pourtant, ces numéros d'acteurs n'arrivent pas à empêcher l'essoufflement du film. Emmanuelle Bercot cède à son plaisir de scénariste : elle étire son film, y injecte toujours plus de drames, toujours plus de romanesque. Même les excès de violence de Malony deviennent lassants, et l'on imagine que cela est fait dans le but de montrer l'aspect laborieux du combat. Alors, le réalisme qui faisait la force du film s'estompe dans une histoire d'amour trop facile et vraiment ennuyeuse. L'intensité du film s'efface dans ses derniers moments …

Message d'espoir et véritable témoignage, La Tête Haute reste un film marquant par son réalisme agressif et déchaîné. Mais, en voulant trop s'y ancrer, le romanesque transforme le film en mélange hétérogène quelque peu décevant. On ressort tout de même de la salle la tête pleine d'espérances pour la jeunesse perdue et, à en croire le film, pas si délaissée que ça … C'est du moins ce qu'Emmanuelle Bercot nous fait espérer.

La Tête haute

Drame d'Emmanuelle Bercot

Film d'ouverture à Cannes (hors compétition)

Sortie en salles le 13 Mai 2015

Avec Rod Paradot, Sara Forestier, Benoît Magimel, Catherine Deneuve...

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