Amour, Gloire et Ciné

par François Legay 14 Juin 2015, 10:30 Livres Ciné

Amour, Gloire et Ciné

Ça y est, le printemps s’achève, se couche, se meurt. Il s’efface devant l’œuvre implacable du temps qui passe, cruel et sans pitié. C’est la suprématie du calendrier. Se dresse déjà devant nous l’imposante masse d’un été qui sera interminable comme une coupure pub sur TF1. Été qu’il va falloir apprivoiser, occuper, meubler sur le trajet des vacances, qui en train, qui en avion, qui en brouette (moyen de transport peut utilisé mais qui mériterait d’être développé, ne serait-ce que pour son côté écologique), mais aussi une fois arrivé à destination quand nous ne serons plus que des lézards se dorant au bord des piscines ou des bêtes nues assoiffées de sexe sur les plages (faut que je pense à réserver pour le Cap d’Agde). Sans parler de ceux pour qui l’aventure sera en berne, ceux pour qui le farniente se fera à la maison ou ceux pour qui juillet/août sera un champ de bataille où ils livreront le combat contre la crise en revêtant l’uniforme du saisonnier.

Eh bien mes amis, peu importe le camp auquel vous appartiendrez, car tous autant que nous sommes, actuellement une question nous réunis, nous met sur une ligne d’égalité, nous rassemble pour nous faire qu’un.

Oui, une simple question. Angoissante. Lancinante. Terrifiante. Et cette question c’est :

QU’EST-CE QUE JE VAIS BIEN POUVOIR LIRE CET ETE ?

Eh bien, moi, je vous propose le très bon ouvrage de Marie-Christine de Montbrial : Cadavres exquis dans le 7ème Art.

Ouvrage passionnant qui raconte le destin de quatre producteurs (deux américains et deux français) et qui nous mène directement dans les coulisses du cinéma des années 30 aux années 2000.

Attention, c’est un pavé (« sous le pavé, la plage », c’est marrant ça, pour ceux qui vont poser le livre sur la plage… excusez-moi) mais qui présente deux avantages majeurs (maître majeur, pour ceux qui vont… ok, j’arrête).

Premièrement, quatre destins donc quatre parties. Indépendantes les unes des autres. Possibilité de prendre, de lire, de lâcher, de lire autre chose entre deux, de reprendre, bref, de faire sa propre tambouille. J’ai envie de dire, même si ce n’est pas du tout un roman (ce sont des autobiographies), un vrai livre de vacances.

Deuxièmement, l’auteur a elle-même exercé le sympathique métier de producteur en France et aux États-Unis, et possède une maîtrise totale de son sujet. Ce n’est donc pas un fantasme sur le cinoche ou une poubelle à ragots mais un vrai travail de qualité. Les modes de fonctionnement des deux pays sont parfaitement assimilés, et, en ce qui concerne la partie française, Marie-Christine de Montbrial est vraiment en terrain connu puisqu’elle a côtoyé et travaillé avec les deux producteurs dont elle dresse le portrait (avec objectivité d’ailleurs).

Bref, c’est du solide !

Amour, Gloire et Ciné

Bien sûr, je vous entends déjà me dire : « ça serait t’y pas quand même un peu trop pour les cinéphiles ton bouquin, là ? ».

Écoutez-moi bien. D’une, on ne dit pas « bouquin » mais « livre ». De deux, je reconnais qu’il faut être un tantinet intéressé par le sujet à la base et se trimballer une petite culture (je dis « petite » car d’une manière générale les évènements relatés sont plutôt bien expliqués et les personnages concernés, pas seulement les 4 principaux, bien présentés), mais c’est tout de même abordable. Évidemment, si vous n’êtes pas spécialement branchés cinéma, bien que ça soit d’abord le destin de personnes et que vous pourriez simplement être fasciné par leur parcours, je vous conseillerais quand même d’aller voir ailleurs.

Après, pour moi qui suis passionné, le seul vrai bémol ce sont les explications sur les montages financiers, principalement dans les parties américaines, où c’est beaucoup trop pointu (en plus d’être un système différent du nôtre) pour comprendre exactement ce qui se passe avec les reventes de part et les fusions de sociétés, entre ce qui est légalement ou pas légalement possible, faisable ou pas faisable, ce qui est dénoncé, qui fait jurisprudence et pourquoi ça n’a pas été fait avant… Franchement, on est content de passer à un chapitre qui va lui-même passer à autre chose.

Pour le reste, c'est-à-dire le principal, vous pourrez donc découvrir le destin du mégalomane David O. Selznick, producteur de l’âge d’or des studios hollywoodien, artisan des venues d’Alfred Hitchcock et d’Ingrid Bergman aux Etats-Unis, qui initia et réalisa l’un des plus grand chef d’œuvre de toute l’histoire du cinéma : Autant en emporte le vent, avant de tomber fou amoureux de Jennifer Jones à qui il consacra la fin de sa vie.

David O. Selznick sur le tournage d'Au Temps en emporte le vent

David O. Selznick sur le tournage d'Au Temps en emporte le vent

Vous pourrez vous interroger sur la personnalité complexe de Lew Wasserman, parti de rien il dirigea un véritable empire. D’abord agent, il révolutionna Hollywood en émancipant les vedettes des studios, négocia les contrats qui permirent à Hitchcock de réaliser tous ses chef-d’œuvres et de devenir une star, jongla avec la maffia, les politiciens, devint producteur, enchaîna les succès sans jamais parader devant le grand public qui ignoraient jusqu’à son visage, alors qu’il avait le pouvoir (et qu’il l’utilisa) de virer une icône comme Sinatra sous prétexte qu’il n’aimait pas les manières du chanteur acteur.

Vous serez troublés par la destinée tragique de Gérard Lebovici (et de son mauvais génie Guy Debord), fondateur de l’agence Artmedia, qui s’occupa de toutes les plus grandes stars françaises des années 70 et 80, qui sauva la carrière d’Alain Resnais, qui alla trouver la Gaumont pour financer Le dernier métro de François Truffaut, qui passa à son tour dans la production en créant la société A.A.A (Acteurs Auteurs Associés), qui ouvrit une maison d’édition (Champ Libre) et qu’on retrouva finalement assassiné dans un parking de l’avenue Foch en 1984.

Enfin vous suivrez la trajectoire de l’élégant Daniel Toscan du Plantier, d’abord à la Gaumont où il produisit Fellini (La cité des femmes), Tacchella (Cousin, cousine), Pialat (À nos amours), puis en tant que producteur indépendant (Pialat encore : Sous le soleil de Satan, Van Gogh), avant de devenir le président de l’Académie des Arts et Techniques du cinéma. Ce grand ami de Gérard Depardieu réussit surtout le tour de force de faire porter une œuvre d’opéra sur le grand écran et cela avec succès (Don Giovanni de Joseph Losey).

Daniel Toscan du Plantier entouré de Fellini et Mastroianni

Daniel Toscan du Plantier entouré de Fellini et Mastroianni

Oui, si vous le désirez vous pourrez passer vos vacances sous le soleil de la passion, au rythme désaltérant des triomphes et de l’écrasante chaleur du pouvoir des hommes de l’ombre du septième Art. Les seconds rôles s’appellent Marilyn Monroe, Bette Davis, Isabelle Huppert, Roberto Rossellini, Ingmar Bergman, Steven Spielberg…

Alors cette année, vous allez où ? Cannes ? Hollywood ? Les deux ?

Cadavres Exquis dans le septième Art

De Marie-Christine de Montbrial

Jacques-Marie Laffont Editeur

Prix public : 23 euros.

commentaires