Le monde fantastique d'Henry Darger

par Anna Lumbroso 11 Juin 2015, 16:58 Expos

Extrait de [Statues de Glandeliniens étranglant des enfants frappées par la foudre], reports au papier carbone, crayon graphite, aquarelle et gouache sur six feuilles de papier vélin « Classic », 62.5 × 275 cm © Musée d'Art Moderne / Roger-Viollet © 2015 Kiyoko Lerner / ADAGP, Paris

Extrait de [Statues de Glandeliniens étranglant des enfants frappées par la foudre], reports au papier carbone, crayon graphite, aquarelle et gouache sur six feuilles de papier vélin « Classic », 62.5 × 275 cm © Musée d'Art Moderne / Roger-Viollet © 2015 Kiyoko Lerner / ADAGP, Paris

C’est l’histoire d’un vieux monsieur, un peu fou, un peu clochard qui couvre des milliers de pages d’un récit fantastique et qui l’illustre à la gouache.

Son dernier propriétaire, Nathan Lerner, célèbre photographe, découvre après sa mort ses dessins et manuscrits entassés dans son appartement. En 2013, La veuve Lerner lègue 45 œuvres de Darger au Musée d’art moderne de la ville de Paris, l’occasion d’une rétrospective de cet artiste hors du commun.

Mur Nord de la chambre de Henry Darger Photo Michael Boruch © Michael Boruch

Mur Nord de la chambre de Henry Darger Photo Michael Boruch © Michael Boruch

Tout féru d’art brut l’a déjà croisé quelque part (à la Maison rouge ou à la Halle Saint Pierre, temples d’art brut). Ses fresques colorées représentent de petites héroïnes, les Vivian Girls, jeunes scouts qui luttent contre le mal. Ses compositions sont peuplées de combats, de scènes de tortures et de fillettes nues avec des petits zizis ! Elles intriguent depuis longtemps les critiques tout comme sa biographie…

Cet américain de Chicago perd sa mère à l’âge de 4 ans. Après quelques années avec son père, il est placé en foyer pour enfants à problèmes et déficients mentaux. À 17 ans, il s’enfuit d’un asile de l'Illinois et parcourt 250 km à pied jusqu’à Chicago. Il y passera le restant de ses jours. Marginal, il a peu de vie sociale et enchaîne les modestes emplois dans des hôpitaux. Peu soigné et solitaire, il attire l’affection de quelques voisins et de ses propriétaires. Tout au long de sa vie, il écrit et illustre son épopée fantastique. Œuvre secrète et privée, il n’en parle jamais et ne l’expose point.

À Jennie Richee 2 de l’histoire à Evans. Elles tentent de s’enfuir en s’enroulant dans des tapis, 48.2 × 60.9 cm © Eric Emo / Musée d'Art Moderne / Roger-Viollet © 2015 Kiyoko Lerner / ADAGP, Paris

À Jennie Richee 2 de l’histoire à Evans. Elles tentent de s’enfuir en s’enroulant dans des tapis, 48.2 × 60.9 cm © Eric Emo / Musée d'Art Moderne / Roger-Viollet © 2015 Kiyoko Lerner / ADAGP, Paris

Son récit extraordinaire s’étend sur 15 000 pages. La commissaire de l’exposition, Choghakate Kazarian, nous avoue que seules deux personnes l’ont lu en entier, on la croit sur parole ! Il raconte la longue guerre qui opposent les sept jeunes filles, les Vivian Girls aux méchants adultes qui les persécutent. Êtres d’innocence et de beauté, elles symbolisent le bien. Elles ne grandissent jamais, comme les héros, et multiplient cachettes et stratagèmes pour échapper aux vilains glandeliniens. Elles sont aidées par des créatures hybrides, les Blengins, de gros serpents aux ailes de papillons. C’est à travers ces animaux que s’exprime la plus grande créativité de Darger.

eunes Rebbonnas Dortheréens. Blengins. Îles Catherine. Femelles. L’un à queue fouetteuse. crayon graphite, aquarelle, gouache et encre noire sur papier vélin, 46.7 × 60.7 cm © Eric Emo / Musée d'Art Moderne / Roger-Viollet © 2015 Kiyoko Lerner / ADAGP, Paris

eunes Rebbonnas Dortheréens. Blengins. Îles Catherine. Femelles. L’un à queue fouetteuse. crayon graphite, aquarelle, gouache et encre noire sur papier vélin, 46.7 × 60.7 cm © Eric Emo / Musée d'Art Moderne / Roger-Viollet © 2015 Kiyoko Lerner / ADAGP, Paris

La nudité et l’androgynéité des personnages de ces fresques a fait couler beaucoup d’encre et a choqué plus d’un. Certaines scènes sont illustrées avec violence et évoquent la torture et le massacre d’innocents. La commissaire de l’exposition affirme qu’après l’étude de l’intégralité de son œuvre elle n'y a trouvé aucun signe de perversité ni d’abus sexuel mais plutôt l’évocation de la vulnérabilité et de l’innocence de la jeunesse. Une œuvre certes naïve, bizarre mais riche d’imagination et de technique.

à la seconde bataille de McHollester Run elles sont persuivies [sic]. C’est une zone tropicale. Pour une raison inconnue les arbres sont morts. reports au papier carbone, crayon graphite, aquarelle et gouache sur deux feuilles de papier vélin, 48.6 × 120.6 cm © Eric Emo / Musée d'Art Moderne / Roger-Viollet © 2015 Kiyoko Lerner / ADAGP, Paris

à la seconde bataille de McHollester Run elles sont persuivies [sic]. C’est une zone tropicale. Pour une raison inconnue les arbres sont morts. reports au papier carbone, crayon graphite, aquarelle et gouache sur deux feuilles de papier vélin, 48.6 × 120.6 cm © Eric Emo / Musée d'Art Moderne / Roger-Viollet © 2015 Kiyoko Lerner / ADAGP, Paris

Darger peut être considéré comme un génie de l’art décoratif. Si ces premières compositions, comme ses cartes du monde imaginaire ou les portraits de généraux, sont dessinées, il abandonne vite le crayon pour le collage. Il découpe magazines et utilise l’imagerie naïve des années 30’. Il décalque, reproduit et superpose des couches de papiers collés. Il ajoute un rehaut de couleurs à la gouache et une couche de vernis. Les scènes de guerre s’inspirent de la Guerre de Sécession, celles des massacres de l’imagerie contemporaine des conflits mondiaux.

À Calmanrina enfants étranglés et battus à mort. À Cedernine petites filles nues assassinées. reports au papier carbone, crayon graphite, aquarelle, gouache et collages sur deux feuilles de papier vélin, 49.4 × 121.4 cm © Eric Emo / Musée d'Art Moderne / Roger-Viollet © 2015 Kiyoko Lerner / ADAGP, Paris

À Calmanrina enfants étranglés et battus à mort. À Cedernine petites filles nues assassinées. reports au papier carbone, crayon graphite, aquarelle, gouache et collages sur deux feuilles de papier vélin, 49.4 × 121.4 cm © Eric Emo / Musée d'Art Moderne / Roger-Viollet © 2015 Kiyoko Lerner / ADAGP, Paris

Henry Darger est le type même de l’artiste brut, sans background artistique, proche de la folie. Son œuvre fascine, depuis sa mort, le milieu de l'art.

Le Musée d’art moderne de la ville de Paris nous présente une exposition courte mais complète. Elle s’ouvre dans le noir sur la chambre de l’artiste maudit, Henry Darger. Comme Lerner, après une vision chaotique de ce taudis, on découvre une œuvre loufoque mais phénoménale. Au don Lerner, s’ajoutent des prêts d’institutions internationales comme la Collection de l’Art brut de Lausanne, celle d’Antoine Galbert, président de la Maison rouge ou le Museum of Modern Art de New York.

Mettez de côté vos préjugés et vos connaissances en art et découvrez une œuvre rare et onirique!

Henry Darger, 1892-1973

Musée d’Art moderne de la Ville de Paris

Du 29 mai au 11 octobre 2015

Horaires: Du mardi au dimanche de 10h à 18h
Noctu
rne le jeudi jusqu’à 22h

Tarifs: 5 euros / réduit: 3,50 euros

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