Un amour jamais renié : musique classique et cinéma.

par Max Yvetot 3 Août 2015, 11:14 Ciné Scènes

Un amour jamais renié : musique classique et cinéma.

Cela fait quelques années que l’opéra opère dans les salles de cinéma, et ça fait quelques temps que le cinéma s’immisce dans les salles d’opéra. Les géants UGC et Gaumont réservent leurs plus molletonneux fauteuils pour la retransmission de spectacles en direct de New York, de Moscou, de Vienne ou de Paris, tandis que le cinéma, renouant avec ses origines muettes, s’installe dans les temples de la musique que sont les théâtres à l’italienne (un cycle Murnau a par exemple été donné au Théâtre du Châtelet à l’automne 2014). Enfin, les plus mordus d’entre nous pèlerinent au concert réécouter, en live, la bande son symphonique de blockbusters ou de sagas cinématographiques. Quelle confusion des genres !

Un amour jamais renié : musique classique et cinéma.

La persistance de la musique classique au cinéma surprend, ainsi que la pérennité des liens entre les deux arts. À l’origine du cinéma, ce micmac semblait naturel : lorsqu’il était muet, il fallait des instruments, des orchestres et des chefs pour réchauffer l’image ; quand il devint parlant, l’éclectique troupe de compositeurs d’opéra s’est occupée de composer des partitions pour le grand écran.

Par un raccourci délibérément audacieux, on pourrait dire (gare à vous, cœurs fragiles !) que les extrêmismes en Europe, le nazisme notamment, ont créé le cinéma hollywoodien - musicalement parlant. Dans les années 1930, une rimbambelle de compositeurs juifs ont dû fuir l’Allemagne et l’Autriche et se sont implantés aux Etats-Unis où certains se sont recyclés dans l’industrie du 7ème art. Un des créateurs les plus prometteurs du début du XXème siècle, Erich Wolfgang Korngold (La ville morte, 1920 ; Le miracle d’Héliane, 1927), est ainsi devenu l’un des piliers de la musique hollywoodienne. Embauché par les studios Warner Bros après son exil au Nouveau Monde, on remarque surtout sa collaboration avec le réalisateur Michael Curtiz (Les aventures de Robin des Bois, 1938 ; La vie privée d’Elizabeth d’Angleterre, 1939 ; L’aigle des Mers, 1940). Un autre compositeur autrichien fera carrière à Hollywood : Hanns Eisler (Les bourreaux meurent aussi de Fritz Lang, 1943 (sur un scénario d’un autre européen exilé, Bertolt Brecht !) ; Rien qu’un coeur solitaire de Cliffort Odets, 1944 ; La femme sur la plage de Jean Renoir, 1946). Le cinéma parlant s’est construit sur les ruines naissantes de l’Europe et de l’opéra.

Un amour jamais renié : musique classique et cinéma.

Au milieu du XXème siècle, le cinéma reste un medium de diffusion de la musique classique. Les plus grands puisent à tout va dans les fonds infinis de la musique classique pour cadencer leurs oeuvres : Stanley Kubrick (Orange mécanique, 1971 ; 2001: Odyssée de l’espace, 1968), Martin Scorsese (Raging Bull, 1980), Francis Ford Coppola (Apocalypse Now, 1979 ; Le parrain III, 1990).

En même temps, un métier spécifique naît : compositeur de musique de cinéma. Le plus célèbre est certainement John Williams, intime collaborateur de Steven Spielberg (E.T., 1982 ; la tétralogie Indiana Jones, 1981 - 2008) et de Georges Lucas (les deux trilogies Star Wars, 1977-1983 et 1999-2005). La légende raconte que Steven Spielberg a été bercé toute son enfance par les concerts du Boston Symphony Orchestra sous la baguette de Seiji Ozawa. Mais de tels mariages entre réalisateur et compositeur existent également en France : Grégoire Hetzel a mis en musique la plupart des films d’Arnaud Despleschin (Rois et reines, 2004 ; Trois souvenirs de ma jeunesse, 2015).

Un amour jamais renié : musique classique et cinéma.

On aurait pu craindre pour la musique classique qui aurait pu définitivement disparaître face aux riffs rythmés du rock’n’roll ou devant les beats vindicatifs du hip-hop ; au contraire, elle maintient sa place ! Que vous l’ayez remarqué ou non, vous en avez beaucoup entendu ces dernières années.

Elle surgit parfois lors du générique, mélancolie musicale en guise de finale, dans Winter Sleep de Nuri Bilge Ceylan (2013), avec l’andantino de la douce sonate n°20 de Schubert.

Elle apparaît dans les scènes de contemplation et illustre l’envoûtement du héros face au silence de la nature dans Les nuits blanches du facteur de Andrei Kontchalovski (2014), avec le Requiem de Verdi. Ce même opus était emprunté dans un contexte tout autre par Guillaume Gallienne dans Les garçons et Guillaume, à table ! (2013) pour dépeindre la torride torpeur de la boîte de nuit babylonienne sous le signe lascif de Sodome…

Un amour jamais renié : musique classique et cinéma.

Dans Les 1001 Nuits, volume 1 : l’inquiet de Miguel Gomes (2015), Schéhérazade de Nikolai Rimsky-Korsakov vient planter le décor d’un orient langoureux et joueur sur fond de crise portugaise.

La musique classique plane aussi dans la suffocante vallée de la mort où flotte le fantôme du fils envolé, dans Valley of Love de Guillaume Nicloux (2015), où le mystère d’un suicide énigmatique se reflète dans la musique de Charles Ives, The unanswered question.

Un amour jamais renié : musique classique et cinéma.

Si vous voulez écouter de la musique classique, filez au cinéma !

commentaires

LMC 04/05/2016 10:51

En effet il y a de plus en plus de salle de cinéma qui retransmettent des opéra ou même des ballets et c'est vraiment une très bonne chose pour offrir l'accès à ce type de spectacles au plus grand nombre