Un chrono, un stylo, un scénario,

par François Legay 28 Septembre 2015, 09:23 Expos Ciné


« Elle est la colonne vertébrale du film » (Alain Resnais).

« Elle est aussi indispensable à la réalisation du film que la caméra elle-même » (Roman Polanski).

« Ce qui m’intéresse c’est le regard artistique qu’elle peut apporter au film» (Patrice Leconte).


« Il suffit de regarder où elle s’assoit pour savoir où placer la caméra » (Jean-Luc Godard).

Mais qui « elle » ?

La Cinémathèque française est le musée du cinéma. Le cinéma ce n’est pas que les films, que les acteurs, que les réalisateurs ou les auteurs. C’est aussi tous ceux qui participent à la création d’un film, à la création d’une œuvre, ceux qui officient dans l’ombre, dont le travail participe à la magie sur l’écran pendant les deux heures de la séance mais dont on ne parle pour ainsi dire jamais.

Après avoir rendu hommage l’an dernier aux chefs décorateurs, la cinémathèque accueil dans ses murs, dans l’espace dit « la galerie des donateurs » (et qui porte bien son nom) une exposition consacrée au métier de SCRIPTE.

Scénario d’A bout portant de Fred Cavayé, écrit par Fred Cavayé et Guillaume Lemans,   2010. Photographies et annotations de Laurence Couturier © Laurence Couturier

Scénario d’A bout portant de Fred Cavayé, écrit par Fred Cavayé et Guillaume Lemans, 2010. Photographies et annotations de Laurence Couturier © Laurence Couturier

Venu tout droit des États-Unis avec l’avènement du parlant, ce métier, exercé pour la première fois en France en 1931 par Jeanne Witta, n’avait à la base qu’une fonction de secrétariat de plateau. Il évolua tout au long des décennies suivantes aussi bien dans son rôle que dans la reconnaissance de son importance directe avec la réalisation du film. Profession occupée principalement par des femmes dans un milieu et une société machiste, on peut facilement supposer que le travail de la scripte n’a pas toujours été reconnu à sa juste valeur (à part par certains réalisateurs). En effet, la scripte n’est considérée « officiellement » (la précision dans le terme s’impose) comme "collaborateur direct technique et artistique du réalisateur" que depuis 2006, ne jouant plus seulement le rôle de gratte-papier mais participant activement à l’élaboration du film en étant présente avant, pendant, et après le tournage, de la préparation au montage en passant bien évidemment par le minutage des scènes, mais aussi en intervenant auprès du metteur en scène, soit pour lui rappeler quelque chose, soit parce que les aléas du tournage font qu’il doit modifier ses plans, voire ses scènes, et qu’il faut réécrire (anecdote racontée par la scripte Bénédicte Kermadec au sujet du tournage L’Exercice de l’État de Pierre Schoeller), soit parce qu’il accepte les remarques, les critiques, les idées des membres les plus proches de son équipe dont la scripte fait désormais partie au même titre que le chef opérateur ou le premier assistant.

Zoé Zurstrassen sur le tournage de "White Material", de Claire Denis, en 2007. Photo Yves Cape

Zoé Zurstrassen sur le tournage de "White Material", de Claire Denis, en 2007. Photo Yves Cape

Exposition très complète, la multitude de documents présentés (plan de travail, scénarios annotés, photos, interviews de scriptes et de réalisateurs) vient essentiellement des dons de ces professionnelles que sont ou que furent (puisque certaines ne sont plus là) Lucie Lichtig, Suzanne Durrenberger ou Sylvette Baudrot.

Audrey Hepburn dans Ariane (Love in the Afternoon) de Billy Wilder, 1956.   Photographies de raccords de Lucie Lichtig pour le costume (signé Hubert de Givenchy) et la coiffure d’Ariane. © Lucie Lichtig

Audrey Hepburn dans Ariane (Love in the Afternoon) de Billy Wilder, 1956. Photographies de raccords de Lucie Lichtig pour le costume (signé Hubert de Givenchy) et la coiffure d’Ariane. © Lucie Lichtig

Avec elles, mais aussi avec Suzanne Schiffman, Catherine Prévert ou Laurence Couturier, c’est l’envers du décor de dix films, et non des moindres (Le Pianiste de Roman Polanski, Le Vieux fusil de Robert Enrico, Alphaville, une étrange aventure de Lemmy Caution de Jean-Luc Godard, Jeanne la pucelle de Jacques Rivette, Ridicule de Patrice Leconte, À bout portant de Fred Cavayé, Ariane de Billy Wilder, La princesse de Montpensier de Bertrand Tavernier et Le Dernier Empereur de Bernardo Bertolucci), qui est mis à l’honneur à travers une des professions les plus importantes du septième art.

D’ailleurs, en tant qu’amoureux du cinéma, je vous dis, Mesdames, un grand MERCI !

DOSSIER SCRIPTE

Une exposition du musée de la Cinémathèque

Du 16 Septembre 2015 au 23 Juin 2016

Commissaires de l’exposition : Joël Daire et Lauren Benoît.

Horaire d’ouverture :

Du Lundi au dimanche: 12h à 19h

Fermé le mardi, le 12 Octobre 2015, le 25 décembre 2015 et le 1er janvier 2016.

Tarifs :

Plein tarif : 5 euros / réduit : 4 euros

Moins de 18 ans : 2,50 euros

Carte Ciné Famille Adultes : gratuit

Libre Pass : gratuit

Formule Musée+Film : 8 euros

Outils de travail de Jacqueline Gamard sur le tournage de L’Ordre et la morale de Mathieu   Kassovitz, 2010. Photographie de Jacqueline Gamard © Jacqueline Gamard

Outils de travail de Jacqueline Gamard sur le tournage de L’Ordre et la morale de Mathieu Kassovitz, 2010. Photographie de Jacqueline Gamard © Jacqueline Gamard

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