Youth : des cérémonies émotionnelles

par Alice Carlos 30 Septembre 2015, 11:56 Ciné

Paolo Sorrentino revient deux ans après La Grande Belleza sans délaisser ce style si

particulier qui fait de lui un réalisateur aussi adulé que méprisé.

Dans Youth s'entrechoquent des thèmes et se croisent des clowns aux tracas humains. Au départ, il y a deux personnages, hantés par le fantôme pesant de la vieillesse : Harvey Keitel s'entoure de jeunes pour ne pas y succomber tandis que Michael Caine, lui, préfère délaisser sa flamme d'antan pour s'y conforter, non sans douleur. Ils sont rejoints par un acteur aux airs de poètes maudits, une miss univers sublime de vulnérabilité, un ancien sportif monstrueux, puis par des dizaines d'autres personnifications ...

Youth : des cérémonies émotionnelles

Youth symbolise le rapport au passé. Alors, la mélancolie surgit inévitablement dans ce cirque grave et kitsch à la fois. Ces clowns tristes, véritables héritiers de Fellini, font de la laideur leur beauté et s'approprient les thèmes du film. Tous s'emparent de la douleur, de la peur, du désir et s'attirent comme des abeilles grouillantes dans une immense ruche à l'esthétique toujours plus étonnante. L'aspect caricatural des personnages, qui n'en annule jamais leur profondeur, se fait miroir des prouesses visuelles et sonores de Youth : Sorrentino ose tout et déstructure minutieusement ses plans. Les dialogues peuvent fuser, comme disparaître le temps de longues séquences contemplatives et oniriques : sans prévenir, la concentration du spectateur laisse souvent place à la rêverie.

Youth : des cérémonies émotionnelles

L'exercice de style(s) qu'est Youth prend dés ses premières images un aspect de cérémonie, dans laquelle s'ancrent des émotions à la pluralité presque infinie. Cette ode à la beauté enchaîne des échos de sketches sans aucune linéarité et métamorphose le film en parade cinématographique.

Le tout, pas toujours en finesse, et pourtant, une magie quelque peu disproportionnée opère. Une magie qui se puise à la fois dans un défie contre la simplicité et l'universalité des bribes de thèmes que met en scène le film.

Alors, Youth nous fait la morale : laissez-vous guider par vos désirs, tant qu'il est encore temps ...

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