Au temps des insouciants

par François Legay 11 Octobre 2015, 10:13 Galeries Gratuit

Rien ne prédisposait Raymond Cauchetier (95 ans cette année) à être photographe de plateau de cinéma.

D’abord résistant, puis affecté à l’armée de l’air, c’est pendant le conflit Indochinois qu’il réalise son premier album photos pour illustrer la vie du personnel des unités aériennes. Après Diên Biên Phu et la défaite, il reste au Viêt Nam et se retrouve quasiment par hasard photographe pour le film Mort en Fraude de Marcel Camus.

Marcel Camus, réalisateur ami du producteur Georges de Beauregard. Georges de Beauregard, le producteur qui permettra aux jeunes critiques de cinéma des Cahiers de passer de l’autre côté et de devenir cinéaste.

Au temps des insouciants

François Truffaut, Claude Chabrol, Jacques Rivette, Alain Resnais, Éric Rohmer, Jacques Demy, Agnès Varda, Jean-Luc Godard vont faire souffler un vent nouveau sur le cinéma français.

Sur les « agitateurs » de la Nouvelle Vague, on a dit tout et son contraire : qu’ils avaient été les premiers à…, que finalement ils n’avaient rien inventé…, que c’était si, que ce n’était pas ça.

Claude Chabrol conclura des années plus tard en expliquant simplement : « La Nouvelle Vague c’était une invention de journaliste. Ce qui a changé c’est qu’à l’époque, pour réaliser un film, il fallait d’abord être assistant pendant 20 ans. Quand venait enfin le temps d’être réalisateur, on approchait déjà facilement de la quarantaine. Nous, on ne voulait pas attendre, on voulait faire notre premier film tout de suite, à 25 ans. Et c’est ce qu’on a fait ! ».

Les jeunes « voyous » font donc. À leurs manières. Elles détonnent un peu dans le paysage cinématographique de la fin des années cinquante. Raymond Cauchetier, engagé comme photographe de plateau sur le premier film de Jean-Luc Godard, À bout de souffle, en 1959, raconte : «Jean-Luc arrivait le matin, s’asseyait à la table d’un café et cherchait les dialogues de la journée. S’il les trouvait, on continuait. Sinon, il renvoyait tout le monde à la maison sans qu’on n’ait parfois rien tourné ! »

Au temps des insouciants

Raymond Cauchetier va également faire à sa manière. Elle sera, elle aussi, jugée peu académique mais certains des clichés qui en résulteront seront connus dans le monde entier, aussi bien par les cinéphiles que par le grand public… Il travaille à la façon d’un photographe de reportage, saisit l’instant, capture l’image dans sa vérité, dans sa vie. En quelque sorte, il invente le documentaire de tournage, le making-of photographique. Avant, il fallait attendre l’autorisation du metteur en scène et faire poser les acteurs sur le plateau, dans leurs rôles, comme s’ils étaient en train de jouer la scène. Les photos des films sur lesquels il exerça son talent comme À bout de souffle, Une femme est une femme de Jean-Luc Godard, Jules et Jim, La peau douce de François Truffaut, Lola de Jacques Demy, Landru, L’œil du malin de Claude Chabrol, Cléo de 5 à 7 d’Agnès Varda, Adieu Philippine de Jacques Rozier, et j’en passe et des meilleurs, témoignent de l’innovation apportée par ce monsieur à une profession qui n’aurait pas spécialement dû être la sienne… D’ailleurs, il ne s’y attardera pas plus que l’utilisation de l’expression « nouvelle vague » ne s’attardera dans le vocabulaire de la fin des années soixante. Mai 68 est un autre tournant, plus nouveau que cette déjà vieille « nouvelle ».

Après Baisers volés de François Truffaut, Raymond Cauchetier se consacre au roman-photo pour Dargaud avant de retourner en Indochine.

Au temps des insouciants

La Galerie de l’Instant met à l’honneur les clichés pris par Raymond Cauchetier sur les tournages entre 1959 et 1967, photos qui appartiennent maintenant à l’Histoire du cinéma et qui nous montrent de façon brutale (dans le sens sans artifice) les coulisses de ce courant cinématographique qui continue de fasciner malgré l’éloignement du temps : la Nouvelle Vague !

Au temps des insouciants

La Nouvelle Vague de Raymond Cauchetier

Du 2 octobre 2015 au 17 janvier 2016

La Galerie de l’Instant

46, rue de Poitou

75003 Paris.

Ouverture du mardi au samedi de 11h à 19h

Le dimanche de 14h30 à 18h30.

Entrée libre.

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