L'ère du virtuel

par François Legay 4 Octobre 2016, 10:18 Ciné

New York en l’an de grâce maintenant dans pas longtemps.

David a un boulot prenant dans une boîte de pub, un ami photographe branché cul qui sort avec Sophie, un mannequin, une tendance à saisir toutes les occasions qui se présentent pour faire la fête, boire, et prendre différentes substances illicites et licites (anti-dépresseurs, ne pas dépasser la dose prescrite), et accessoirement une petite amie, Juliette, avec qui il aime bien tirer un coup le soir quand il est fatigué et qu’il a besoin de se détendre. Comme Juliette ne conçoit plus leur relation sous cet angle, David se détend en reprenant de l’alcool et différentes substances illicites et licite (anti-dépresseurs, ne pas dépasser la dose prescrite).

David a donc une crise latente dans son couple, de fortes addictions, un pote qui s’éclate au pieu et qui trompe sa gonzesse, Sophie donc, avec qui David aimerait justement s’éclater au pieu, et des tas d’endroits où aller pour ne pas se reposer d’un boulot qui le submerge parce qu’il faut être au top disons… tout le temps.

C’est alors que son équipe décroche une campagne de pub pour des lunettes révolutionnaires, capable de vous faire confondre, quand vous les avez sur le pif, le réel et le virtuel.

David est chargé de les tester.

L'ère du virtuel

Où va le monde ? Qu’est-ce qui nous attend dans un futur proche ?

On vit à l’heure du virtuel. Nous avons des tas d’amis pour qui nous n’avons plus besoin de chambouler nos emplois du temps quand on s’est pas vus depuis longtemps parce que nous pouvons les « voir » sur Facebook. Nous rencontrons des tas d’inconnus avec qui nous débattons ou nous nous insultons en 140 caractères sur Twitter et pour des sujets aussi divers et variés que la faim dans le monde, l’arrivée massive des migrants ou la titularisation d’Olivier Giroud à la pointe de l’attaque de l’Équipe de France de foot. Nous montrons nos photos de vacances ou de « pas vacances » à nos amis Facebook quand ils ont un compte Instagram. Les site X sont les sites les plus consultés au monde, leur consultation s’accroît d’étude en étude sur le sujet, et les consultants sont autant des gens seuls que des gens en couple, des hommes que des femmes, des homos que des lesbiennes, autrement dit tout le monde s’envoie en l’air virtuellement en catimini, et dans une moyenne de deux à trois fois par semaine !

Au Japon, des hommes vivent des histoires d’amour virtuelles pour combler leur solitude.

Solitude. Le mot est lâché. Nous sommes seuls. Bien sûr, quand on réfléchit, nous l’avons toujours été et le sommes quoi qu’il arrive. Dans Eyes Wide Shut, Stanley Kubrick (une des influences du réalisateur) nous a même montré qu’on peut être seul dans une partouze ! Et ça se passait déjà à New York.

Le problème que connaît peut-être l’Homme aujourd’hui, c’est qu’il cultive cette solitude au lieu de la mettre à mal, de la piquer, de la déranger.

Dans Creative Control Benjamin Dickinson nous montre, en utilisant le ton de la comédie amère (comme si Michelangelo Antonioni et Woody Allen, les deux autres influences du réalisateur, avaient fusionné), que le dérapage n’est pas loin. En apparence tout est et tout doit être transparent : les téléphones portables et les ordinateurs (ils sont tous en verre dans le film), les cloisons qui séparent les bureaux dans les entreprises, les sentiments, les amitiés, l’être humain. On doit lire en lui comme dans un livre ouvert. Sinon c’est qu’il cache quelque chose, donc qu’il est malsain. Même s’il prend de la coke, ce n’est pas/plus grave du moment que tout le monde le sait.

L'ère du virtuel

Mais ça, je le répète, c’est en apparence.

Comme le noir et blanc léché, la lumière fantastique, la photo magnifique de Adam Newport-Berra (déjà directeur photo du premier et précédent film de Dickinson First Winter) nous renvoie a une vie idéale, belle, moderne, dans une grande ville ou tout est possible, New York mythique, où la vie semble facile si on travaille, si on est dans le vent, avec un bel appart, de l’argent, des filles, des mannequins, des pseudos artistes qui ont l’air d’être des vrais, des fêtes, bref, où tout à paraît merveilleux… En apparence.

Car derrière tout ça restent les fantasmes. Fantasme sexuel, fantasme sur la petite amie du pote, fantasme sur une fille qu’on connaît mais à qui on n’ose pas dire qu’on fantasme sur elle, fantasme sur le couple, la réussite, l’argent, la vie. FANTASME ! FANTASME ! FANTASME ! Et PARADOXE. Car pour fuir le virtuel qu’est devenue la réalité, ne reste que les fantasmes, c'est-à-dire un autre monde virtuel donc une autre réalité.

L’angoisse, non ?

Ça sort le 9 novembre au cinéma.

Creative Control

De Benjamin Dickinson

Avec Benjamin Dickinson

Nora Zehetner

Dan Gill

Alexia Rasmussen

96 minutes environ.

Film tous publics.

Année de production : 2015

Sortie : 9 novembre 2016.

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